Les handicapés : ces oubliés de la croissance

Elwatan; le Samedi 14 Mars 2009
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La ville ou le village sont des milieux hostiles où la moindre sortie relève du parcours du combattant. Rien n'est fait pour les intégrer, alors beaucoup d'entre eux ne sortent plus. On a beau ressasser les mêmes choses, l'Etat ne nous entend pas…» Même Flora Boubergout, la très dynamique et médiatique présidente de l'association Baraka, ne sait plus quels arguments avancer pour persuader le gouvernement de s’engager plus à aider les personnes handicapées dans leur quotidien. En Algérie, les handicapés seraient, suivant les statistiques officielles, au nombre de 1,7 million. Pour l'Organisation mondiale de la santé (OMS) au nombre de 3 millions. Et pour les associations, 4 millions. «Cela paraît beaucoup, car on ne les voit pas, relève une militante. La ville ou le village sont des milieux hostiles où la moindre sortie relève du parcours du combattant. Rien n'est fait pour les intégrer, alors beaucoup d'entre eux ne sortent plus.»

Flora Boubergout résume : «Le problème n'est pas tant mon handicap, que j'ai appris à accepter. Mais plutôt l'environnement dans lequel je me déplace et qui me marginalise.» Car si une personne invalide peut réussir à oublier son handicap, les boutiques, les trottoirs, les administrations vont vite le lui rappeler. «Je souhaite que le décret du 11 décembre 2006, qui prévoit notamment l'aménagement des bâtiments publics, des logements situés au premier niveau des habitations ou encore des voies réservées aux piétons, soit enfin appliqué, car sur le terrain, on ne voit strictement rien», insiste la présidente.

Du côté de l'association Ettahadi, la secrétaire générale Kenza Daouadji dénonce : «Nous avons des adhérents à l'intérieur du pays et je peux vous dire que si à Alger la vie est déjà terrible, à Aïn Defla, le quotidien des malades est un enfer.»

17 000 DA un fauteuil

Autre revendication des personnes handicapées : la revalorisation de leur pension, passée à 4000 DA en 2007 et davantage de régularité dans les versements, qui tombent pour certains… tous les six mois, aggravant une situation financière déjà critique. «Par ailleurs, pour toucher cette somme, il faut justifier de 100% d'invalidité, dépendre de quelqu'un et avoir 18 ans, souligne Flora Boubergout. Il serait souhaitable que cette pension soit revue à la hausse, à hauteur du SNMG de 12 000 DA, pour que nous puissions vivre dans la dignité. Car les dépenses d'une personne handicapée sont très importantes.»

Une couche, par exemple, coûte 50 DA, entièrement à la charge des malades. «Certains d'entre eux en ont besoin d'au moins six par jour, ajoute la secrétaire générale de l'association Ettahadi. Ce qui représente un budget minimum de 300 DA !»
Un fauteuil fabriqué localement demande un investissement minimum de 17 000 DA (25 000 pour un modèle d'importation). «L'Etat en fournit un tous les cinq ans, mais c'est largement insuffisant, poursuit Kenza Daouadji. A Alger, un fauteuil dure trois ans, mais dans les zones rurales, il faut le changer tous les six à huit mois !»
Enfin, l'association Baraka réclame la révision de la date de départ à la retraite. «Aujourd'hui, une personne handicapée doit justifier de 32 ans de service, au même titre qu'une personne valide, note la présidente. Mais compte tenu de son état de santé et de son espérance de vie réduite, ses années de service devraient être limitées à 17 ans.»

Categorie(s): dossier

Auteur(s): Mélanie Matarese

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