Lutte contre la fausse monnaie et crise de liquidité : Un véritable challenge pour l’autorité monétaire

Elwatan; le Lundi 11 Avril 2011
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Ce qui est par ailleurs relaté par les Keynésiens, qui affirment que «les individus auront tendance à conserver leur épargne sous une forme liquide ou plus immédiate».
Par contre la crainte de tomber sur des billets contrefaits ou, souvent le faux est indétectable, aidée en cela  par les diverses rumeurs, me paraissent être les causes essentielles du manque de liquidités dans nos banques et bureaux de poste.
Mais au-delà des contraintes quotidiennes, et des pratiques bureaucratiques que vous avez certainement vécues, s’ajoutent parfois les problèmes du personnel des institutions bancaires et postales, elles-mêmes qui, par manque de communication, creusent l’écart entre ces institutions et le public. Le doute reste de mise pour beaucoup de gens.

Les dernières «perturbations» intervenues au début du mois de février 2011 au sein de la BDL  a conduit  le personnel de cette banque  à observer soudainement  une grève de cinq jours de suite, sans que la clientèle ne soit mise au courant.  L’arrêt de travail avait  pour objet de  protester  et de réclamer, entre autres, des droits  d’avancement  sur onze années de retard ! Soit onze ans de patience et d’attente pendant que la banque ne cessait de cumuler des résultats positifs. Les dirigeants de la banque et les représentants syndicaux connaissaient  parfaitement  l’existence de ces problèmes dont l’acceptation tardive,  mais  sans effet rétroactif,  a pu néanmoins, amener les travailleurs à reprendre leurs postes. (Entre autres, les points indiciaires et les échelons prévus  dans la convention collective).


Situation délicate des banquiers


Ce rappel des faits n’a pas pour objet de remuer le couteau dans la plaie, mais pour montrer combien l’impact est si profond, capable de creuser des écarts importants, en termes de confiance, entre la banque et ses clients. Certains clients ont dû patienter des heures, sinon des jours pour retirer les sommes nécessaires au règlement des salaires de leurs personnels. D’autres ont dû quémander leur propre argent,  ce qui a mis nos banquiers dans une  situation délicate avec  peu d’arguments  pour convaincre le public. L’institut d’émission est certes le délégataire exclusif de l’Etat pour fabriquer les billets de banques, mais logiquement il ne le fait qu’en contrepartie d’opérations définies par ses statuts. L’émission du billet de 2000 DA dont on parle,  peut être une solution conjoncturelle et temporaire, mais ne va pas résoudre définitivement le problème. Il est permis de penser que la demande ira en  s’accentuant avant de s’atténuer progressivement. Quel que soit l’effort fourni, l’institut d’émission ne peut répondre à la demande si l’argent n’est pas réinjecté dans les comptes pour être utilisé à l’aide de moyens de paiement.


Les économistes nous font remarquer que toute conversion de la monnaie scripturale (chèque) en monnaie fiduciaire (billets) réduit la liquidité des banques.  Doit-on créer des billets sans arrêt, qui seront  thésaurisés et accumulés dans des sacs et des coffres ? Même une « planche à billets » dans son sens le plus péjoratif,  ne saurait répondre à une telle  demande. Le recours aux instruments de paiement est la seule clé au problème ; sinon procéder au changement de la monnaie. Mais pour ce faire il faut apporter des changements à  l’ordonnance sur la monnaie et le crédit, pour aller vite et ne pas donner le temps aux faussaires. (Ordonnance n°03.11 du 26 Août 2003 relative à la monnaie et au crédit –Article 5 : « Les billets de banque et les pièces de monnaie métalliques qui feraient l’objet d’une mesure de retrait de la circulation, perdent leur pouvoir libératoire s’ils ne sont pas présentés à échange dans un délai de dix (10) ans ».


Faible bancarisation


Il était convenu que les banques fassent plus d’efforts pour être au rendez-vous avec l’application de la mesure apportée par le décret exécutif concernant le paiement obligatoire des dépenses égales ou supérieures à 500 000 dinars. Or elles ne sont pas au rendez-vous.  Elles n’ont pas réuni les conditions préalables exigées par les autorités monétaires ? Et c’est probablement  pour cette raison que le Conseil des ministres a eu la sagesse de suspendre (**) l’application du décret, avec sans doute un profond mécontentement, car il s’agit d’un deuxième essai, non réussi, et semble-t-il, notre gouvernement ne l’a pas caché. Par conséquent, un travail de longue haleine devrait attendre nos banques,  tout particulièrement.  
Elles devraient s’installer dans plusieurs localités pour couvrir le territoire national. Ceci est une nécessité absolue. On ne peut  demander au public de régler ses  dépenses par chèques, alors qu’il n’est  même pas titulaire d’un compte. De plus il y a lieu de noter qu’une bonne partie des citoyens n’est pas bancarisée.  A une centaine de kilomètres de la capitale, il existe des localités élevées au rang de Daïra (***)  où aucune banque n’est installée.

Quels sont les moyens nécessaires à l’ouverture d’une agence ? S’agit-il de moyens financiers ; pourtant chaque année, les banques nous annoncent des bénéfices réalisés grâce au travail du collectif en place. L’ouverture d’un point de vente pour une banque, à fortiori, d’une banque relevant du secteur public, est un acte de développement qui met en œuvre les orientations et parfois des directives des pouvoirs publics. Dans le cadre de la lutte contre le  chômage,  les banques peuvent ainsi, offrir plusieurs postes de travail aux jeunes universitaires ; des emplois stables avec des perspectives de carrière très intéressantes, en plus de la part de marché qu’elles peuvent acquérir dans les localités et régions  à exploiter.
Dès l’ouverture d’un compte, la banque est tenue de mettre à la disposition du client les instruments de paiement nécessaires au fonctionnement du compte (dans un premier temps, le carnet de chèque). Chose toute simple que certaines banques n’arrivent pas à satisfaire. La liste des chantiers à entreprendre est encore longue, les cas cités me paraissent être des priorités.


Tensions inflationnistes


Pour conclure, on doit retenir qu’une  économie trop liquide anime des tensions inflationnistes, engendrant une hausse des prix qui va se traduire par un affaiblissement de la valeur de la monnaie (le dinar) et à l’inverse, une liquidité insuffisante peut provoquer des pressions sur les trésoreries des entreprises et nuire à la croissance. Toutefois cette règle est faussée par le commerce informel.
Il est difficile de distinguer la part du commerce légal de celle de l’informel. L’économie informelle est comme la brume, elle dégage du flou, ou il me parait difficile d’établir des prévisions chiffrées. Aujourd’hui, l’argent est de plus en plus dématérialisé grâce au progrès de la technologie. Cela permet plus de confort, de rapidité et de sécurité dans les échanges. En revanche, lorsqu’on utilise de l’argent liquide, le risque est présent à tout moment. La population peut être disposée, mais les banques sont encore loin derrière, et pour preuve à deux reprises, elles n’ont pas répondu  présentes, en 2006 et 2011. Mais cette crise n’est-elle pas un palliatif aux objectifs visés par le décret ? Ce manque n’est-il pas maintenu jusqu’à ce que le public s’habitue à retirer de petits montants ?


La contrefaçon ayant envahi la monnaie, en s’intégrant à travers des brèches obtenues à partir des guichets bancaires et postaux avant d’arriver aux caisses de la banque centrale. Dans ce cas, le changement me semble inéluctable, mais lorsqu’on change la monnaie,on invite le public à verser son argent en banque, donc on légalise la contrefaçon qui, semble-t-il, serait établie avec du vrai papier. Si on ne change pas la monnaie on court le risque de faire baisser la valeur de la monnaie (dinar), en augmentant l’inflation. Dans les deux cas, il y a échec. Les barons semblent maintenir leur avance. Ce qui me fait rappeler, dans les années 1980, lors d’une manifestation des chômeurs qui a eu lieu à Rome, les manifestants portait un long slogan sur lequel est mentionné ceci : « Con la maffia si lavora, sanza, no » voulant dire : « avec la maffia au moins il y a du travail, sans elle, il n’y a rien».                  

 

Berkane Ahmed. Cadre supérieur de banque


(**) Un premier décret exécutif obligeant le paiement des dépenses égales ou supérieures à 500 000 DA applicable à compter du 1er septembre 2006.
(***) La daïra = sous-préfecture composée de plusieurs communes.
 

Categorie(s): débats de l'heure

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