Marée humaine pour Omar Moctar Bambino à Tamanrasset : «Je ne suis pas sûr que les jeunes Touareg veuillent la guerre»

Elwatan; le Dimanche 19 Fevrier 2012
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Tamanrasset
De notre envoyé spécial

Foule des grands jours vendredi soir à l’esplanade du 1er Novembre à Tamanrasset. Les ruelles y menant étaient fermées. Familles entières, jeunes, enfants, personnes âgées étaient tous là pour applaudir le chanteur et musicien nigérien, Omar Moctar Bambino. Une véritable star ! Bambino, qui porte le sobriquet italien immortalisé par Dalida, a vécu une partie de son enfance à Tamanrasset en tant que réfugié à l’âge de 14 ans. C’est là qu’il a appris à jouer de la guitare électrique et à s’intéresser à la musique, avant de perfectionner son jeu chez l’artiste Ixa à Niamey et avec le groupe Tartit à Agadez.

Retrouver la capitale de l’Ahaggar était pour lui un moment de grande émotion. Son sourire naturel accueillait ses fans. Même si sa montée sur scène a pris un peu de retard et en dépit d’une pluie légère, Omar Moctar Bambino a embarqué tous les présents dans un flot de rythmes électriques. Du rock et du blues adaptés au mode targui ! Bambino adore Jimi Hendrix. Il joue presque comme lui. Mise entre ses mains, la guitare électrique se transforme en une arme musicale redoutable. La batterie est là pour porter l’offensive mélodique au plus loin des terres à conquérir. Les cœurs sont déjà acquis !

Les esprits aussi. Le public crie : «Tar Hani ! Tar Hani !». Un tube, qui, avec Yamidinine, a rendu célèbre cet artiste d’Agadez. A la sortie de son premier album, Agamgam, en 2004, les dunes, entre elles, ne parlaient que de lui, comme les étoiles l’avaient fait pour d’autres. Bambino a enfin donné voix au Ténéré, le désert que les poètes adorent et que les «gens du Nord» craignent. Sur scène, Omar Moctar, qui porte aussi le nom du héros national libyen, sautait presque de joie. La musique ? Un air libre. Le chant ? Manière de vivre. Sa voix apaisée a donné une incroyable épaisseur à ses textes déjà denses. «J’évoque l’amour, l’amitié, la vie quotidienne des Touareg. Vous savez que tous les cinq ou dix ans, il y a des rébellions. Pour ce qui se passe au Mali, je dis dommage. Je ne suis pas sûr que les jeunes Touareg veuillent la guerre. A défaut de propositions concrètes pour améliorer leur vie, on leur donne des kalachnikovs ! Je n’arrive pas à comprendre cette situation», a-t-il regretté, lors d’une rencontre avec les journalistes après le concert.

«J’espère que la paix va revenir. A chaque fin de tournée, je ramène avec moi des guitares acoustiques que je donne aux jeunes d’Agadez. Avec une guitare, le jeune sera fier. Il ne deviendra pas bandit et n’ira pas tirer sur quelqu’un. Il va jouer de la musique et devenir un grand artiste peut-être», a-t-il ajouté loin de tout discours politique. Omar Moctar Bambino n’a pas hésité à se mettre en arrière scène et jouer dos au public. La prestation scénique n’est pas un art rigide. «Nous avons un proverbe qui
dit : ‘‘Il faut toujours regarder en arrière ce qui se passe’’. Je me mets en retrait pour voir comment les rythmes évoluent. Je n’étais pas intimidé. Ici, c’est presque le public que j’ai l’habitude de voir au Niger», a expliqué Bambino.

Cet enfant du désert a reconnu qu’il a passé le plus clair de sa jeunesse (il n’a que 31 ans) à se déplacer dans le Sahel pour mieux découvrir les cultures et les traditions. Artiste établi, il se met en tournée. «Et ma musique s’enrichit au fil des voyages. Nous avons beaucoup travaillé lors de la tournée de 2011. Nous avons croisé de nombreux musiciens et eu des échanges. Jouer le blues ou le rock pour nous était devenu plus facile. Nous avons acquis une certaine expérience», a-t-il souligné. Il n’a pas caché sa grande admiration pour l’artiste malien, Ali Farka Touré, le bluesman africain roots. Ali Farka Touré, qui a disparu en 2006 à l’âge de 67 ans et qui a joué avec Taj Mahal, l’un des rois du blues, a redonné vie à la musique traditionnelle du Mali, le Sahel avec. Pendant un voyage en Libye, Bambino a découvert la musique des Dire Straits. Bambino n’a jamais refusé de remettre en cause son travail artistique aidé par une modestie légendaire.

«Nous sommes jeunes et nous apprenons à chaque montée sur scène. Nous retravaillons notre musique», a-t-il reconnu. En début de soirée, Lalla Badi, accompagnée du groupe Itrane de Tamanrasset, a rappelé toute la beauté du Tindi. Malgré son âge, 70 ans, Lalla Badi Lalla a confirmé qu’elle reste la reine de la musique targuie. Soutenue par sa fille, Fatma, elle a interprété des chansons qu’elle apprend par cœur sans les écrire…
 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Fayçal Métaoui

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