Menace sur la révolution

Elwatan; le Samedi 9 Avril 2011
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Après une longue période d’accalmie, les Egyptiens ont renoué, hier, avec les manifestations. Ils étaient environ deux millions sur la place Tahrir, au Caire, selon la chaîne de télévision qatarie Al Jazeera, à exprimer leur colère contre le pouvoir en place. Ils réclament notamment la traduction en justice de Hosni Moubarak et de sa famille pour détournements de fonds estimés à 72 milliards de dollars, une somme qui extirperait totalement l’Egypte du sous-développement si elle venait à être récupérée.


Le Conseil supérieur des forces armées, devenu le maître absolu du pays depuis la chute des Moubarak, s’est engagé verbalement à lutter contre la corruption mais s’est abstenu, jusqu’à ce jour, de présenter à la justice les principaux voleurs qui ont mis l’Egypte à genoux, accentuant la misère des couches populaires. Il faut désormais s’interroger sur le rôle des militaires égyptiens. Ils donnent l’impression que la révolution pour l’instauration de la démocratie ne les enchante guère. Piliers du régime et bénéficiant de grands privilèges, ils craignent comme la peste un véritable système démocratique qui les renverrait dans les casernes et les astreindrait au seul rôle de défenseur de la sécurité et de l’intégrité territoriale. A cela s’ajoutent les relations privilégiées qu’ils entretiennent avec les Etats-Unis auxquels ils disent difficilement non. Or, les Américains, qui craignaient avant pour la sécurité d’Israël, ont peur qu’un peuple égyptien devenu maître de son destin remette en cause les accords dits de paix entre l’Egypte et Israël, accords largement favorables à ce dernier et très humiliants pour le premier.

Une démocratie égyptienne authentique mettra fin aux rapports de vassalité avec Israël créés par Anouar Es Saddate et consolidés par son successeur Hosni Moubarak. C’est ce qui explique aussi que le Conseil supérieur des forces armées, qui a une marge étroite de manœuvre avec Washington, tergiverse et ne veut pas aller de l’avant dans l’ouverture démocratique. Human Rights Watch a révélé que la torture a repris ses droits dans les centres de détention de l’armée. Un signe, entre autres, qui n’échappe pas aux démocrates égyptiens. Pour cela, ils refusent de baisser la garde pour que la révolution démocratique ne soit pas confisquée puis étouffée. Le bras de fer est donc engagé avec l’armée. Reste à savoir jusqu’où celle-ci ira pour compromettre les aspirations d’un peuple qui paye par le sang son amour pour la liberté.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Tayeb Belghiche

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