Mercenaires algériens en Libye : La polémique

Elwatan; le Lundi 11 Avril 2011
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Ces questions coulent de source tant les accusations – réelles ou supposées – proférées par des porte-parole des rebelles font les choux gras des médias internationaux. Il est vrai que la position algérienne à l’égard de ce qui se passe en Libye est loin d’être un chef-d’œuvre de clarté. Loin s’en faut. Et les précisions alambiquées des officiels algériens distillées par doses homéopathiques ont rajouté une couche à ce qui s’apparente à une mise en accusation en bonne et due forme. Dernière pierre dans le jardin algérien, ce «porte-parole» des rebelles libyens, un certain Chamsiddine Abdoulmolah, qui a déclaré hier à l’AFP que ses troupes ont arrêté 15 mercenaires algériens, dont 3 ont été tués lors des combats à Adjdabia. Rien que cela !  Le porte-parole des rebelles précise tout de suite que ces mercenaires capturés «ne portaient pas de papiers d’identité». Qui prouve alors qu’ils sont Algériens ? A en croire notre porte-parole, ce sont les mercenaires eux-mêmes qui ont révélé leur identité. «Ils ont dit qu’ils étaient algériens et avaient un accent algérien.» L’argument paraît spécieux, même si beaucoup d’Algériens ne doutent pas une seconde que le régime de Bouteflika ne souhaite que du bien à son «frère» El Gueddafi.


Alger, mecque des mercenaires ?  


Mais que l’accusation sente tout de même l’odeur de la manipulation. Encore un effort de clarté : le chef des rebelles souligne que «plusieurs cartes d’identité et passeports algériens avaient été trouvés dans un bâtiment proche, à Ajdabiya». Soit. Mais où sont les images ou les photos qui auraient pu fournir l’argument massue ? Encore qu’il n’est pas difficile de se procurer un passeport algérien et le jeter sur un cadavre pour valider une mise en scène, d’autant plus, comme le souligne un cadre des AE, que les passeports des Algériens qui travaillent chez des privés en Libye sont systématiquement confisqués. Mais au besoin, Chamsiddine Abdoulmolah fournit un autre argument qui, pensait-il, accable les Algériens: «Ils ont affirmé qu’ils vendaient du haschich (...) et ils avaient du haschich sur eux.»


Jusqu’ à preuve du contraire, le commerce et la consommation des drogues – le haschich surtout – n’est pas une pièce d’identité, a fortiori pour un Algérien. Le chemin le plus court et le plus plausible serait de soutenir que ces mercenaires sont des Marocains, du fait que leur pays en est le premier producteur mondial. Le porte-parole des rebelles se permet enfin une appréciation politique pour faire passer son accusation en regrettant que l’Algérie ait «fermé les yeux sur la venue des mercenaires».
«C’est triste. Ils ont (en Algérie) la même sorte de dictature que nous avons ici», commente Chamsiddine Abdoulmolah. Cela étant dit, au-delà de la véracité ou pas de ces accusations, il y a lieu de s’interroger sur leur récurrence. Il ne se passe pratiquement pas une semaine sans qu’un représentant des insurgés libyens ou un opposant, à partir d’une capitale occidentale, ne se fendent d’un brûlot contre l’Algérie. Pourquoi donc notre pays est à ce point dans la mire de ces accusateurs ? Comment expliquer le fait que les autres pays voisins à la Libye, notamment la Tunisie et l’Egypte, n’aient pas soulevé l’ire des insurgés libyens ? 

 
Vérité ou manipulation ?


Il y aurait peut-être une part de vérité dans ce faisceau d’accusations, mais il y aurait également de la manipulation. Le fait est que le chef des rebelles a prononcé son acte d’accusation le jour même de l’arrivée en Libye du panel des chefs d’Etat africains mené par le président sud-africain, Jacob Zuma, pour tenter d’établir des passerelles entre le régime d’El Gueddafi et les rebelles conformément à la feuille de route de l’Union africaine. Et Alger, comme l’a confirmé hier Mourad Medelci, «soutient totalement la mission de l’Union africaine qui consiste à réclamer un cessez-le-feu, qu’il s’agisse des combats entre frères ou des frappes aériennes menées par des acteurs externes».


Une position, il est vrai, qui va à contresens de la volonté de certains pays comme la France, qui privilégient l’option militaire au détriment de la «solution politique». Faut-il préciser que le Conseil national de transition (CNT), qui est sur la même longueur d’onde que la France, jouit déjà de la reconnaissance de Paris. Or, le repli des Etats-Unis puis de l’OTAN a mis la France dans de beaux draps en Libye en ce sens que l’option militaire ne ravit désormais plus la vedette. Et cela agace forcément Paris où on a commencé à plancher sur l’après-Gueddafi avant de l’avoir «dégagé» pour de vrai. Pour Sarkozy, le réveil diplomatique risque d’être douloureux à Doha lors de la réunion du groupe de contact.   
 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Hassan Moali

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