Mme Meziane Malika. Enseignante-chercheur à l’université de Chlef : : «Il y a une utilisation anarchique des pesticides»

Elwatan; le Jeudi 22 Octobre 2015
98808


Les pesticides sont à la fois utiles et nocifs pour l’agriculture. Comment évaluez-vous la situation qui prévaut dans ce domaine ?

Les pesticides protègent les cultures, limitent les populations de bio-agresseurs, réduisent les pertes de récoltes du point de vue quantitatif et qualitatif. Néanmoins, nous constatons, aujourd’hui, des dégâts et dommages sur les cultures ainsi que des pertes économiques considérables pour le producteur en raison de la non-maîtrise des méthodes de protection des cultures.

En effet, ce n’est ni la qualité ni la dose de pesticides qui sont à incriminer mais, c’est surtout, la sous utilisation des pesticides (quatre à cinq, voire même six traitements comme le cas du mildiou de la pomme de terre et néant pour le cas de la mouche de l’olive).

Cette moyenne demeure insuffisante par rapport aux moyennes de l’Europe. La gravité de la situation peut relever d’une mauvaise protection de l’utilisateur lui même ou des manipulateurs qui effectuent les traitements, le non-respect des conditions générales du traitement (vents, pluies et moment opportun du traitement). Des traitements qui nécessitent une hygiène particulière, de la rigueur et un contrôle permanent pour

Quelles sont les cultures les plus touchées par ces produits ? C’est dû à la méconnaissance des normes d’utilisation ou à la recherche du gain facile?

Pratiquement, toutes les cultures peuvent faire l’objet de l’utilisation des pesticides mais, beaucoup plus, les cultures maraichères (tomate, laitue et pomme de terre) suivies de l’arboriculture, particulièrement le pommier, le poirier et les agrumes. Ces usages sont dus à la recherche de l’agriculteur de solutions rapides et efficaces à un problème phytosanitaire qu’il n’a pas su gérer depuis le départ à travers les traitements préventifs.

Une fois que problème s’aggrave, le recours aux solutions chimiques devient inévitable et, sous la panique, il devient anarchique. C’est pourquoi, on assiste à une utilisation beaucoup plus anarchique qu’abusive de ces produits chimiques avec le non-respect des délais, des doses telles qu’elles figurent au niveau des recommandations de l’étiquette et aussi à la méconnaissance des précautions d’usage strictes, selon les normes de l’OMS, la FAO et les autorités sanitaires algériennes.

Parfois, certains agriculteurs utilisent les mêmes matières actives sous différentes appellations ou bien des produits dont la date d’utilisation est dépassée, en doublant les doses croyant avoir une bonne efficacité sans tenir compte de leur effet néfaste sur la santé humaine et la préservation de l’environnement.

Qui doit s’occuper du contrôle et de l’application de la règlementation dans ce domaine?

Toutes les actions engagées dans ce sens peuvent êtres renforcées par l’élargissement des actions à caractère juridique des inspections phytosanitaires ainsi que des établissements publics ayant en charge la protection des végétaux à travers une autonomie administrative, des réajustements et le renforcement des textes juridiques, en leur attribuant un statut de police judiciaire qui leur permettra de cerner tous les problèmes relatifs à l’utilisation des pesticides..

Categorie(s): actu ouest

Auteur(s): Ahmed Yechkour

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..