Mohamed Laksaci à Washington en riche «paradoxal »

Elwatan; le Lundi 11 Avril 2011
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Le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Laksaci, se rend cette semaine à Washington pour l’assemblée générale du FMI du printemps auréolé du statut de bailleur de fonds international. Au moment où le Portugal, en rupture probable de paiement en juin prochain, se tourne vers l’Union européenne et vers le FMI pour lever 80 milliards d’euros, la Banque d’Algérie trône sur des réserves de change équivalentes à plus du double des besoins portugais. Autre temps, autre situation. Le gouverneur de la Banque d’Algérie a déjà été courtisé par le patron du FMI, Dominique Strauss Kahn, à Alger afin qu’il souscrive aux émissions de titres de son institution. Besoin de renforcer la capacité d’intervention du FMI dans un monde où la crise de la dette s’est étendue à l’intérieur de l’Union européenne. A Washington au milieu de ses pairs, le gouverneur de la Banque d’Algérie va donc être, dans la posture du riche, envié du regard.

Sauf par ceux qui ne connaissent rien du mauvais pas que vit son institution dans son propre pays. Il ne se passe plus un jour sans que la Banque d’Algérie ne soit citée comme source de préjudice à l’économie nationale par l’un de ses acteurs. Issad Rebrab, président de Cevital, répète à toutes les tribunes, et un peu au nom de tous les patrons qui sont dans sa situation, que son groupe est entravé à l’international par la disposition qui interdit d’exporter des capitaux, même pour investir, faire des acquisitions de portefeuille et donc ouvrir une opportunité de rapatriement de dividendes. Slim Othmani, candidat à la présidence du FCE en 2009, est monté au créneau pour dénoncer l’ostracisme dont sont victimes les investisseurs maghrébins en Algérie. La Banque d’Algérie étant le bras armé de cet ostracisme dans l’affaire Swicorp, cette banque d’affaires saoudienne est fondée et dirigée par un homme tunisien. Swicorp a été retiré par le conseil de la monnaie et du crédit du tour de table d’une nouvelle institution de leasing (Ijar Leasing Algérie), «sur coup de fil d’en haut». Les deux autres actionnaires de Ijar sont la BEA et la banque portugaise Banco Espirito de Santo. La Banque d’Algérie peut toujours rétorquer qu’elle  est équitable dans ses blocages et son zèle castrateur.

Deux organismes de micro finances – banque des plus pauvres - attendent leur agrément depuis 5 ans. Le soutien de ses projets par la SFI, filiale de la Banque mondiale pour  le secteur privé, n’a rien changé à l’affaire. Il n’y a donc pas que Swicorp. Les chefs d’entreprise sont unanimes à trouver martiale l’application de la Banque d’Algérie de l’obligation du Credoc dans le paiement des importations. Un groupe d’entre eux a saisi le président Bouteflika en décembre 2010 pour l’alerter sur les conséquences funestes d’une instruction de l’institut d’émission invitant les banques commerciales à ne pas accepter d’ouvrir des lettres de crédit à six mois d’échéance. Un coupe-gorge pour les trésoreries d’entreprise. M. Laksaci a dû lever la main sur la lame.

Mais plein d’autres dispositions de la BA continuent d’alimenter des maquis, petits et grands, dans le paysage économique algérien. Le blocage du rapatriement de dividendes dans l’affaire de Djezzy n’est pas un acte isolé. Les avances des maisons mères au compte courant de leurs filiales en Algérie ont été bloquées dans une autre instruction de décembre 2010. Pas de rapatriement possible, les avances devront alimenter le compte capital de la filiale. Conséquence, l’offre de dinar noir voulant ressortir d’Algérie a explosé. Les griefs tombent de partout sur la Villa Jolie (siège de la BA).

La dérive du dinar sur le marché parallèle – plus de 140 DA pour un seul euro -, alimenté en partie par les mesures de la banque d’Algérie, a réveillé la critique traditionnelle chez les spécialistes : pourquoi la Banque d’Algérie ne met-elle pas en place le réseau des bureaux de change agréés prévus par la loi, et qui permettent de contrôler ce marché secondaire de la monnaie ou le taux de change serait forcément moins catastrophique pour le dinar ? La liste peut être encore longue. Du côté des postes, le doigt accusateur est pointé depuis longtemps vers la Banque d’Algérie pour l’indisponibilité des liquidités aux guichets CCP. Plus grave encore, des sources dans le même ministère évoquent des blocages de la même Banque d’Algérie pour la mise en place de bornes de paiements électroniques dans le réseau des agences de postes afin de dématérialiser le règlement des factures liées aux services postaux. Mohamed Laskaci tient un argument solide face à cette bronca de sifflets. Il a accepté, depuis l’affaire Khalifa en 2003, d’être un fonctionnaire du gouvernement et de tout exécuter. Banque d’Algérie ? Faut voir directement avec le politique. A Washington, aussi, tout le monde le sait. 

Categorie(s): analyse éco

Auteur(s): El Kadi Ihsane

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