Naissance du gendarme du Net : les vraies questions occultées

Elwatan; le Vendredi 23 Octobre 2015
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Cette image, un montage fait à partir de l’affiche de la série télévisée Achour 10 et des visages photocollés de personnalités politiques, à leur tête le président de la République. Ce dernier a signé il y a quelques jours un décret publié dans le Journal officiel le 8 octobre, et depuis cette semaine il affole la Toile et les médias.

Son contenu : la création de l’Organe national de prévention et de lutte contre les infractions liées aux technologies de l’information et de la communication. Un organe de surveillance et de censure de l’internet pour les militants de la liberté d’expression, une autorité de prévention et de régulation pour les officiels.

Iman Houda Feraoun, ministre de la Poste et des Technologies de l’Information et de la Communication, a, depuis son installation, multiplié les déclarations sur la moralisation du web, ce qui a fait dire à certains porte-parole des courants conservateurs que les sites pornographiques allaient bientôt êtres filtrés.

Par ailleurs, on attribue à Abdelmalek Sellal, le Premier ministre, une circulaire, non encore authentifiée, interdisant à l’administration d’utiliser la dernière itération du système d’exploitation Windows. Ces quatre actions, subies ou engendrées par ces personnes, ont un point commun : le décalage entre la réalité virtuelle et les impératifs de la «gestion démocratique des foules».

 

Si la nouvelle de la création de l’Onplitic a ému les médias et les militants des droits de l’homme, elle est perçue comme une nécessité par certains spécialistes ou carrément comme un non-événement pour d’autres. Le texte du décret est clair, nous affirme un cadre du secteur, il met fin à un vide juridique énorme qui permettait aux différents services de sécurité ou même à d’autres intervenants profitant de leur accès aux systèmes de violer la vie privée des citoyens, pour des raisons d’enquête ou juste pour le plaisir. «Désormais, c’est uniquement l’Onplitic, et seulement sur ordre d’un magistrat, qui est habilitée à le faire ; le citoyen ne sera pas sous surveillance s’il n’est pas sous le coup d’une enquête», ajoute notre interlocuteur.

Harraga

«L’initiative serait plus que louable si l’action de cet organe ne s’étendait pas à la subversion, un terme qu’on applique facilement aujourd’hui au plus pacifiste des opposants au régime ou au Président», nous explique un avocat que nous avons contacté. Pour Abderrafiq Khenifsa, directeur de publication du doyen des magazines sur les TIC, IT Mag, il faudrait éviter de verrouiller internet, tout en permettant à l’Etat de contrôler les dérapages.

Le tout, selon lui, étant de libéraliser en massifiant l’utilisation de la Toile en Algérie. Il faudrait, selon lui, arriver à un minimum de bande passante pour les utilisateurs et faire baisser les prix. Une connexion abordable au débit minimum de 4mo relèverait, selon Abderrafiq Khenifsa, de l’alphabétisation. Pareil pour le paiement électronique qui, s’il était libéré, métamorphoserait l’économie nationale.

Un troisième point sera évoqué par un second expert de la sécurité informatique et du logiciel libre qui a préféré garder l’anonymat : l’hébergement des données. Pour lui, les Algériens sont des harraga sur le Net, car pour leur immense majorité, l’ensemble de leur usage se fait sur des serveurs établis à l’étranger.

Ce qui lui fera dire que l’organe de surveillance qui sera installé fonctionnera uniquement selon le bon vouloir des polices des autres pays ou bien des hébergeurs qui pullulent partout sur la planète, sauf en Algérie. «Le patrimoine culturel algérien que mes compatriotes utilisent chaque jour est hébergé ailleurs que dans le pays», finit-il par ironiser.

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Pis encore, selon lui, ce sont les autorités qui ont poussé les Algériens à quitter virtuellement le pays, en enrichissant les hébergeurs et les régies publicitaires du monde entier, en le privant du minimum d’hébergement ou de la possibilité d’avoir un e-mail national.

Un espace d’hébergement d’un méga par Algérien pourrait être contenu dans un simple disque dur de 40 gigas, c’est-à-dire l’équivalent d’une clé USB vendue par le cybercafé du coin.

Autre élément oublié par les médias qui se sont concentrés sur le contrôle du Net, c’est le fait que les prérogatives de cette institution s’étendront probablement à la téléphonie, car il est bien spécifié que l’Onplitic sera l’unique organe chargé de la surveillance de toutes les communications électroniques et donc les télécommunications.

C’est donc l’instrument d’écoute du DRS qui est passé de fait sous la tutelle de la Justice. S’il n’est pas clair, aujourd’hui, que la création de ce gendarme du Net préfigure la fin de la liberté d’expression sur le Net ou la garantie de la sécurité de la navigation en Algérie et la lutte contre la propagande terroriste, ce brouhaha médiatique démontre, une fois encore, l’absence de vision du gouvernement, attelé à pondre des mesurettes au lieu de transformer les ministères et leurs secteurs en centres de profits. Le ministère d’Iman Houda Feraoun, visionnaire, n’a, par exemple, encore jamais appliqué le plan «E-Algérie 2013».

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Kharief Akram

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