Nordine Aït-Laoussine. Président de Nalcosa SA et ancien ministre de l’Energie : «Déterminer le bon usage des atouts dont nous disposons»

Elwatan; le Dimanche 19 Fevrier 2012
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-Est-il préférable pour l’Algérie d’investir dans la pétrochimie ou de favoriser l’amont pétrolier ?

A mon avis, il faut faire les deux. Car, il s’agit là d’actions complémentaires ayant, certes, des objectifs différents mais qui concourent à la même finalité, à savoir la promotion du développement économique et social du pays. Le renforcement de l’activité en amont vise, à la fois, à couvrir nos besoins énergétiques à long terme et à soutenir le niveau de nos recettes d’exportation pour financer le développement. L’investissement dans des activités de transformation, y compris dans la pétrochimie, outre qu’il contribue lui-même à la satisfaction du marché local en produits élaborés, trouve sa place dans une politique de diversification de l’économie nationale génératrice d’emplois et créatrice de biens et services.

Mais il est clair que les opérations de transformation conçues essentiellement pour la fabrication de produits destinés à l’exportation ne peuvent avoir d’intérêt pour la nation, que si le prix de la matière première, (notamment du gaz pour la pétrochimie) qui leur est cédée, tient compte du marché international de l’énergie et des outputs des projets, et seulement si l’opération entraîne une valeur ajoutée réelle et un pouvoir d’entraînement effectif pour l’économie nationale. Si, par contre, le projet se limite à la seule étape de première transformation du gaz et si, par exemple, la cession du gaz est réalisée à un prix proche du prix minimum défini dans la loi sur les hydrocarbures, à savoir le coût de production, de tels projets qui, pour leurs promoteurs étrangers s’apparenteraient à une opération de délocalisation, se traduiraient pour l’Algérie par un abandon pur et simple, sans bénéfice pour le pays — donc injustifiable et inacceptable - de la rente pétrolière.

Cela dit, il ne faut jamais perdre de vue que l’exploitation de nos ressources en hydrocarbures, même lorsqu’elle est réalisée de façon parfaite, n’est pas un gage de développement et de croissance. C’est, certes, une finalité pour Sonatrach, mais pour l’Etat et la nation, la vraie finalité des politiques qu’il met en œuvre, c’est le développement de l’économie nationale, y compris, bien entendu, le secteur des hydrocarbures, parce qu’il constitue un instrument essentiel de ce développement. Du temps du Président Boumediene, on disait qu’il fallait «semer le pétrole pour récolter le développement». L’histoire économique des grandes puissances du XXe siècle nous enseigne que leurs ressources naturelles ont soutenu leur développement économique et industriel grâce au rôle de moteur qu’elles ont joué par le biais d’une série d’effets de diffusion qui ont enclenché, à leur tour, un processus de diversification et de développement industriel. Force est de constater que cet effet de diffusion et d’entraînement n’a pas joué dans notre pays, parce que l’industrie pétrolière y demeure enclavée.

Aujourd’hui, le défi auquel nos dirigeants doivent faire face consiste à déterminer le bon usage des atouts dont nous disposons pour assurer la croissance et le développement économique du pays, en vue de résorber la crise du chômage, et offrir de meilleures conditions de vie à nos concitoyens.  Préserver les intérêts des générations futures ne consiste pas tant à leur conserver une part des réserves pétrolières, mais davantage à leur léguer une économie technologiquement et matériellement puissante et diversifiée, capable d’engendrer une valeur ajoutée suffisante et de progresser par elle-même.

Categorie(s): economie

Auteur(s): N. A.

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