Ouverte la chasse

Elwatan; le Vendredi 4 Janvier 2013
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La saison de la chasse est ouverte ! Ahmed Ouyahia, plusieurs fois chef de gouvernement et ministre depuis dix-sept ans, se retire de la direction du RND, un parti maintenu à l’ombre du pouvoir alors qu’il devait «remplacer», ne serait-ce que pour un temps, le FLN, ex-parti unique. Ce départ assez inattendu, annoncé au début de l’année, est probablement le signe du commencement de grandes manœuvres politiques pour l’élection présidentielle de 2014. Ahmed Ouyahia, qui connaît parfaitement le système de l’intérieur et qui a soutenu publiquement tous les choix du général Liamine Zeroual, de son ami le général Mohamed Betchine, au milieu des années 1990, et qui s’est rangé du côté des partisans de Abdelaziz Bouteflika en 1999, est prêt à mener toutes les batailles.

Le jour et la nuit. Son retrait paraît tactique. L’homme se prépare à un autre destin. Rien, en théorie, ne l’empêche de se présenter comme candidat à la présidentielle en 2014. Les décideurs de l’armée le connaissent bien. Et Ouyahia a besoin de se «refaire» une nouvelle peau pour «crédibiliser» son action politique devant les Algériens. Quitter le navire pour éviter le naufrage du RND, un parti préfabriqué dès le début, en 1997. L’éclatement n’est qu’un prétexte. L’ex-chef du gouvernement sait que la course contre la montre a commencé. Il doit, lui comme les autres, défendre ses chances. Un successeur pour Bouteflika ? Trop tôt pour le dire. Reste qu’Ahmed Ouyahia n’a pas fait tous ces «efforts» de soutien inconditionnel au régime pour rien. Il attend la récompense, même si son impopularité est légendaire.

La «récompense» ne sera pas donnée par Bouteflika et son cercle, mais de l’autre «niveau» de la décision politique. Et puisque la chasse est ouverte, chaque camp doit préparer ses cartouches et, éventuellement, ses cibles, ses caches et ses leurres. Bouteflika, qui termine son troisième mandat en avril 2014, doit se prononcer sur sa volonté de rester au pouvoir ou pas. Des signes avant-coureurs tendent à faire croire à tout le monde que l’actuel locataire du palais d’El Mouradia veut succéder à lui-même. En aura-t-il la force ? A-t-il toutes les cartes en main ? C’est l’énigme. Le flou total. Bouteflika ne s’intéresse plus à la vie politique nationale après l’avoir figée. Mais, au-delà de sa faiblesse physique manifeste, il veut «bourguibiser» le système politique algérien jusqu’à la dernière corde, le dernier souffle.

A l’étranger, on vend «le gâteau caramélisé» de la stabilité du pays et de la nécessité de lutter contre le terrorisme au Sahel. Et, à l’intérieur, dans un pays où les institutions sont «encerclées» par le mauvais présidentialisme, on cherche à faire admettre à tous que Bouteflika est irremplaçable. Et d’un seul coup, la machine de propagande se met en branle pour louer «les grandes réalisations» du Président actuel. A moins d’une grande surprise, l’Algérie continuera de tourner en rond cette année, en attendant la révision de la Constitution – devenue presque inutile – et le scrutin présidentiel de 2014.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Fayçal Métaoui

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