Parution. Villas et Palais d’Alger du XVIIIe siècle à nos jours, de Marion Vidal-Bué : Alger so british !

Elwatan; le Dimanche 6 Janvier 2013
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L’histoire d’Alger captive la mémoire, surtout celle de son passé oublié. Le livre de Marion Vidal-Bué, une historienne de l’art sentimentalement liée à Alger où elle est née, nous fait découvrir, avec fascination, la splendeur des maisons où habitait la haute élite algéroise, à l’époque ottomane. Son travail  se poursuit ensuite à travers les siècles jusqu’à aujourd’hui. On connaissait déjà les maisons d’Alger les plus célèbres :  Dar Mustapha Pacha, Dar Aziza, villa Abdeltif, villa du Bardo, Palais d’été, villa des Oliviers... Beaucoup d’autres sont restées assez secrètes, parmi les 80 maisons qu’on appelait «mauresques».

Le travail de Marion Vidal-Bué et le grand intérêt de son livre sont cette recherche iconographique très dense (photos, tableaux) qui nous montre ces grandes maisons algéroises dispersées sur les collines d’Alger. Des maisons de campagne, des résidences qui équilibraient si parfaitement le bâti et les jardins. La grande qualité de ce livre, c’est aussi d’avoir étudié, avec soin, l’historique de ces lieux depuis le XVIIe siècle jusqu’à nos jours, en passant par la période coloniale. Ce livre, grand format, est à la fois éblouissant et douloureux. Eblouissant par la beauté même des villas d’Alger.

Douloureux, parce que beaucoup ont totalement disparu. Celles qui restent sont, aujourd’hui, souvent noyées dans le béton de l’urbanisme hideux. Leur grand charme et leurs jardins ne sont plus qu’un souvenir. Seul un petit nombre de ces joyaux d’architecture a été restauré et préservé par l’Etat algérien. Des ambassades ont pris d’autres lieux, certains étaient déjà, avant l’époque coloniale, des enclaves diplomatiques. Reste à admirer encore ce témoignage unique sur la vieille splendeur d’Alger, et découvrir l’extraordinaire attrait qu’exerçait cette ville sur l’aristocratie anglaise pendant des décennies. Ces pléiades de maisons, sur les collines, réjouissaient le regard des visiteurs anglais, qui préféraient Alger à Cannes, Nice ou Taormina en Sicile.

Alger et ses maisons de rêve aux murailles blanches, avec de grands jardins où murmurait  l’eau des fontaines de marbre blanc et, où la nuit venue, on respirait avec délice le parfum pénétrant des fleurs de jasmin. Fascinés par Alger, les aristocrates anglais y séjournaient dès le mois d’octobre, et certains ne repartaient que début mai, quand enfin le soleil faisait son apparition sur les quais de la Tamise. En ce temps-là (très british) une ambiance snob et élégante baignait Alger : régates au yacht-club, parties de tennis, parcours de golf, épicerie fine et afternoon tea... Agatha Chritie occupait la villa Mustapha Raïs, face au Saint-Georges, maison qui appartenait au consul anglais, John Bell. Des fêtes mémorables se sont déroulées entre ces murs. En 1905, le roi Edward VII et la reine Alexandra résidaient tout l’hiver à Djenan El Muphti.

Le Saint-Georges a accueilli pendant longtemps d’autres têtes couronnées d’Angleterre, des milliardaires américains et des stars d’Hollywood. Les Anglais disaient qu’ils partaient à Alger «passer l’hiver avec des hirondelles». S’ils étaient malades, leur médecin leur conseillait d’aller à Alger soigner leur asthme, bronchite et tuberculose. L’air marin de Saint-Eugène était un bon remède.
 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Azzedine Mabrouki

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