Placements financiers : La montée en puissance des fonds d’investissement souverains

Elwatan; le Lundi 7 Janvier 2008
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Parallèlement à la crise des subprimes aux Etats-Unis, les fonds d'investissement souverains d'Etats étrangers, principalement asiatiques et arabes, ont connu une montée en puissance en 2007, avec l'émergence des fonds imposés notamment par les pays d'Asie, du Golfe et du Proche-Orient.
A la faveur de la hausse des cours du pétrole et de la prospérité économique de pays en question , les fonds souverains ont pu jouir d'une grande liquidité dont la valeur a connu une augmentation spectaculaire au cours des dix à quinze dernières années. Selon Simon Johnson, conseiller économique et directeur du département des études du Fonds monétaire international (FMI) , "en 1990, les fonds souverains détenaient probablement 500 milliards de dollars tout au plus. Ils sont actuellement estimés à deux ou trois billions de dollars et, compte tenu de l'évolution probable des comptes courants, ils pourraient atteindre 10 billions de dollars d'ici 2012". Un fonds souverain est un fonds de placement financiers détenu par un Etat. Ils gère l'épargne nationale et l'investissement dans des placements variés (actions, obligations, immobilier). Leurs ressources proviennent des réserves des banques centrales, comme c'est le cas pour la Chine, des réserves pour les retraites, à l'exemple de la Norvège, ou des fonds tirés de l'exploitation de matières premières (Russie, Qatar, Arabie Saoudite). Les fonds alimentés par l’argent du pétrole représentent deux tiers des montants gérés par ces fonds. D'ailleurs, le Royaume saoudien serait en passe de créer le plus grand fonds souverain d'investissement dont la valeur globale est estimée, selon le Financial Times, à plus de 900 milliards de dollars. Ce fonds devrait être le plus important au monde et sera un concurrent pour les autres fonds d'investissement souverains asiatiques qui ont une tendance de plus en plus marquée à investir dans les sociétés occidentales, notamment dans les sociétés financières qui ont perdu beaucoup d'argent dans la crise des crédits immobiliers à risque (subprime) aux Etats-Unis. Avec 875 milliards de dollars, Abou Dhabi détient actuellement le volume le plus important d'actifs d'investissement dans le monde, suivi du Singapour. Les fonds relevant d'Abou Dhabi, d'Arabie Saoudite et du Koweït représentent la moitié des actifs gouvernementaux dans le monde.
Selon le département américain des finances, ces fonds gèrent entre 1,9 trillions dollars (1900 milliards) et 2,5 trillions dollars (2500 milliards). Ce montant est considérable mais demeure insuffisant compte tenu des volumes de transactions financières dans le monde estimés à plus de 50 trillions dollars et les économies mondiales, dont 12 trillions dollars pour l'économie américaine, seule, alors que le volume des échanges financiers mondiales atteignent les 165 trillions dollars.

Craintes et protectionnisme

Il faut dire que la force financière émergente des fonds souverains, de par leur influence sur le système monétaire mondial, suscite aujourd'hui des craintes et un accroissement de la tendance protectionniste chez les pays occidentaux. Ces craintes sont dues au fait que ces fonds sont la propriété des Etats, d'où l'appréhension suscitée chez les organismes de contrôle aux Etats Unis et en Europe, qui craignent que la création de ces fonds ne soit motivée, entre autres, par des intérêts gouvernementaux. Simon Johnson estime à ce propos que "le danger réel réside dans le fait que les fonds souverains (et d'autres instruments garantis par les pouvoirs publics) pourraient encourager un protectionnisme du compte de capital par lequel les pays choisissent qui peut investir dans quoi. Évidemment, pour des raisons de sécurité nationale, il existe toujours des restrictions sur ce que les étrangers peuvent détenir. Toutefois, l'évolution récente sur la scène internationale donne l'impression que certains Etats étrangers ne devraient pas être autorisés à détenir ce que l'on considère comme les éléments stratégiques d'une économie. Il s'agit d'une pente glissante qui mène rapidement et douloureusement à d'autres formes de protectionnisme.
Il importe de contrecarrer ce type de pression". La question de l'importance de ces fonds a été soulevée régulièrement avec leur essor important. Pour Martin Wolf, directeur des rubriques
économie au Financial Times, ces fonds ne posent pas plus de problèmes que d'autres, à condition de définir des listes de sociétés " interdites ". La définition d'entreprises " stratégiques " face à des investisseurs étrangers a déjà été pratiquée dans le passé. En 2005, les USA ont refusé à l'opérateur portuaire Dubai Ports World de mettre la main sur 5 terminaux portuaires, qualifiés de " stratégiques " par certains sénateurs républicains. L'opérateur avait renoncé in fine. De même, le gouvernement allemand envisage de prendre des mesures pour réduire les rachats potentiels par des fonds souverains en imposant une autorisation délivrée par l'administration fédérale dès lors qu'un fonds dépasse 25 % du capital d'une entreprise locale. A Bruxelles, la Commission Européenne a également décidé d'examiner de près ce " phénomène nouveau ". Le commissaire au Commerce Peter Mandelson a évoqué à ce propos "la possibilité de recourir aux actions préférentielles pour protéger les entreprises " stratégiques ". Toutefois, même si ces énormes flux de capitaux peuvent sembler inquiétants, "jusqu'à présent ces fonds se sont montrés des partenaires importants et fiables pour beaucoup d'entreprises, et essentiellement des investisseurs passifs", estime Steffen Kern, responsable de la politique des marchés financiers internationaux chez Deutsche Bank.

L’Algérie a une gestion «précautionneuse»

A la question de savoir si l'Algérie pouvait opter pour des fonds d'investissement à l'étranger grâce aux recettes dont elle dispose, le délégué général de l'ABEF, Abderrahmane Benkhalfa nous dira qu'il est peu probable qu'une telle option puisse être choisie, en ce sens que "les fonds dont dispose le pays n'ont pas une valeur marchande" et partant, ne sont pas en mesure de prendre des parts dans des capitaux étrangers.
De plus, "la gestion précautionneuse des ressources financières" qui caractérise leur gestion ne permet pas d'envisager ce type d'investissement, d'autant qu'il est à risque : "ces fonds peuvent gagner beaucoup d'argent, comme ils peuvent en perdre beaucoup aussi", explique Benkhalfa. Il y a lieu de rappeler que le solde du Fonds de régulation des recettes (FRR) de l'Algérie, a atteint à fin octobre 2007, 3 654 milliards de dinars, soit environ 46 milliards dollars. Sur les 2 714 milliards de dinars des recettes fiscales pétrolières générées en 2006, plus de 1 798 milliards de dinars ont été versés au Fonds de régulation des recettes.
Les pouvoirs publics expliquent que l'objectif recherché à travers la création de ce fonds est de "sécuriser les programmes de développement de l'Algérie à moyen terme". Le fonds vise aussi à "protéger l'économie algérienne des chocs extérieurs et à maîtriser
l'inflation".

Categorie(s): supplément économie

Auteur(s): Lyes Malki

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