Poésie : Sehaba l’inspiré

Elwatan; le Samedi 31 Octobre 2015
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Il se trouve pourtant encore assez de merveilleux fous qui pratiquent cette si particulière littérature, et quelques éditeurs qui les prennent au sérieux, comme il se doit avec tout fou, notamment s’il est merveilleux. Mohamed Sehaba – par ailleurs aussi sensé que vous – est sans doute l’un des plus grands poètes actuels que compte notre littérature. Que ce soit pour la passion ou la nécessité de s’alimenter, toute sa vie est marquée par les lettres : traducteur, enseignant, journaliste culturel, critique d’art, directeur de collection dans une maison d’édition, cet éternel jeune homme au regard illuminé, né à Oran en 1952, sait concocter des poèmes avec un art qui confine à l’orfèvrerie.

Il faut préciser qu’en matière de précision, il en connaît un bout, ayant enseigné le dessin industriel dans une vie antérieure. Que dire d’autre, sinon qu’il a vécu huit ans au Caire, travaillant pour Al Ahram Hebdo. Pour le reste, peu enclin aux déballages, il faut aller le chercher dans ses vers qui se servent de mots très simples et même banals mais qui, une fois assemblés dans le laboratoire de ses émotions, deviennent pour le coup alchimiques.

Après huit recueils de poésie et un roman, Le royaume des contrées mortes (Dar El Gharb, 2004), il nous revient avec une œuvre au long titre qui n’est pas sans rappeler celui du mythique Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée, de Pablo Neruda. Avec (suivez bien) «Le poème que cherchait ma mère au milieu de 46 autres de la lumière, du désir et de l’agonie», Mohamed Sehaba enclenche une armada de textes où trône, en vaisseau-amiral, cette somptueuse et émouvante prose poétique sur la mort de sa mère. Est-ce cet événement qui marque l’ensemble du recueil ? Sans doute, mais son auteur n’a jamais versé dans l’enthousiasme béat, proche d’un spleen baudelairien nourri à l’ombre du Murdjadjo plutôt qu’au soleil du Front de mer d’Oran.

Il en devient implacable parfois : «Bientôt ce pays sera déchiré tel un billet de monnaie/ Ruines en feu et cris d’effraies/ Et mains fondues au ciel indifférent/ Partout la pierre portera la marque du loup…».  Mais comme tous les vrais poètes, soit des êtres humains, il se voit porté par l’élan de la vie, affirmant par exemple : «De ma course inspirée, je renomme et je rajeunis pour les semailles de l’aurore». Si vous aimez la poésie, c’est pour vous. Si vous ne l’aimez pas, tentez l’aventure.

Categorie(s): arts et lettres

Auteur(s): A. F.

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