Point de vue : Le monde arabe et la démocratie

Elwatan; le Dimanche 10 Avril 2011
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L’appel au changement et l’aspiration à une vie meilleure, rythmée par la démocratie et la citoyenneté, sont un acte légitime sur lequel tout le monde est d’accord. Mais la question qui se pose avec force est la suivante : qui est derrière cet appel, qui manipule, si ce n’est l’Occident en misant sur les moyens d’information détenus par des familles régnantes qui lui sont inféodées et qui ne se sont jamais montrées à l’avant-garde de la libération, de la démocratie et du progrès ? Ces familles sont-elles habilitées à jouer ce rôle ? Pensent-elles y parvenir à travers les canaux d’information bien connus en tentant de pousser les sociétés arabes à réaliser en un temps record ce qui met des mois, sinon des années à se produire ? Ces familles qui gèrent leurs sociétés comme des moutons, faisant peu de cas des droits les plus élémentaires et des libertés et qui se distinguent par la transmission héréditaire du pouvoir sont-elles bien placées pour parler de changement ?


Ces familles, qui gèrent les richesses de leurs pays comme leur bien personnel, dont les comptes bancaires sont bien garnis et qui disposent de résidences luxueuses à l’étranger dans lesquelles elles passent le plus clair de leur temps, sont-elles crédibles aux yeux de leurs peuples qu’elles ont trahis en cédant des bases militaires stratégiques sur leur propre territoire à l’Occident ?
Les chaînes de télévision arabes sous tutelle de ces familles qui appellent au changement sont suspectes, pour ne pas dire dangereuses.


Des questions légitimes


En ouvrant le dialogue avec le Conseil national de transition libyen et en déniant toute légalité au pouvoir officiel à Tripoli, la Ligue arabe a franchi, elle aussi, un pas qui suscite bien des interrogations. Depuis quand le pouvoir officiel d’un pays arabe représenté au sein de la Ligue reconnaît-il une opposition rebelle armée en déniant cette reconnaissance au pouvoir en place ? Cela s’est-il produit, il y a quelques années, avec la crise du Yémen scindé en deux ? Cela s’es-il produit avec la reconnaissance de la RASD, soumise au joug marocain depuis 36 ans ? Cela s’est-il produit au Sud-Soudan ou au Darfour, au Kurdistan irakien du temps de Saddam ? Pourquoi ce timing ? Pourquoi maintenant et comment gérer ce «précédent» dans le monde arabe ?


Cette «vague» touchera-t-elle les pays du Golfe, notamment Oman et l’Arabie Saoudite ?
Lorsque l’opposition armée se soulève contre un système, quel qu’il soit, peut-on, au plan de la terminologie, parler sérieusement de révolutionnaires ou de rebelles ? Et si nous admettons qu’une opposition armée où qu’elle se déroule est une révolution, cela doit nous donner à réfléchir en s’y préparant à l’avenir, en donnant la légitimité à l’opposition armée, quels que soient ses objectifs et ses buts.

Lakhdar Bouregâa. Ancien commandant de la  Wilaya IV

Categorie(s): l'événement

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