Précarisation en vue

Elwatan; le Lundi 2 Decembre 2013
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Ce que beaucoup considéraient comme un dernier verrou vers la flexibilité de l’emploi – principe cher aux théoriciens libéraux – vient sans doute de sauter si l’on en croit le ministre du Travail de l'Emploi et de la Sécurité sociale. En effet, la disposition légale qui, jusqu’à présent, limitait le nombre de reconductions du contrat de travail à durée déterminée n’existera plus désormais. L’employeur pourra recourir autant de fois qu'il le souhaite à cette formule sans être obligé, comme il l’était auparavant, à l’issue de la troisième fois, de «permaniser» l’employé. Du coup, celui-ci se retrouve dans une situation sociale d’autant plus précaire qu’il se trouvera toujours des employeurs qui ne feront pas dans le «social», comme on dit, et ne manqueront pas d’abuser de cette disposition pour en faire une règle de fonctionnement. Et, parmi eux, le premier et le plus important, l’Etat.

L’administration et le secteur public fonctionnent, pour l’instant et pour l’essentiel, grâce à la création non pérenne d’emplois et de postes de travail à durée déterminée ou en recourant à des dispositifs similaires mis en place pour pallier au chômage constaté pour certaines catégories comme les jeunes, les universitaires, médecins et dentistes diplômés et sans emploi. De caractère transitoire, ces dispositions mises en place par les pouvoirs publics sont devenues, au fil du temps, le moyen de prédilection de recrutement, par l’Etat et l’administration, d’employés et même de certains cadres dont elle a besoin. Et surtout le moyen de faire croire à l’augmentation de la création d’emplois nouveaux. C’est ainsi que des médecins ou dentistes diplômés ont été recrutés dans le cadre de «l’emploi  de jeunes» et rémunérés à 12 000 DA, idem pour des licenciés universitaires engagés par les APC et les daïras.

En vertu du sacro-saint principe du «provisoire qui dure» en vigueur dans notre pays, ce système – dont la portée était à l’origine limitée dans le temps et surtout devant être accompagné de réels dispositifs d’insertion dans le monde du travail de ces catégories exposées à la précarisation sociale – est devenu la règle. Mieux, la norme de fonctionnement sans que personne n’y trouve à redire, ni les syndicats ni les associations et encore moins les partis politiques. Et ce, sans que pour autant leur situation sociale ne s’améliore, bien au contraire. Le risque que celle-ci s’aggrave encore davantage avec l’adoption de cette nouvelle disposition en matière de travail n’est donc pas à écarter. D’autant que l’on attend toujours la mise en place de mécanismes de sécurisation de l’emploi pour tous ceux et toutes celles qui sont, depuis de nombreuses années déjà, en situation précaire et fragile. Les pouvoirs publics préférant pratiquer la politique de l’autruche et ne pas voir au-delà du court terme, privilégiant les politiques de courte vue encore une fois, sans tirer ni les bilans ni les enseignements des expériences passées.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Reda Bekkat

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