Presse : De meilleurs salaires pour «revaloriser» le métier de journaliste

Elwatan; le Jeudi 3 Janvier 2013
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Cet accord comporte plusieurs clauses, dont la nomenclature des postes de travail, la promotion des travailleurs en fonction de leur parcours professionnel et le régime indemnitaire. Cet accord est applicable avec effet rétroactif à compter de janvier 2012. «C’est la revalorisation du métier de journaliste, un statut qui n’a jamais été révisé depuis 1963», commente Mustapha Aït Mouhoub, secrétaire général du conseil syndical de l’APS. Cette grille est répartie sur 20 postes. Le statut commence par le rang de journaliste stagiaire, dont le salaire net est entre 52 000 et 65 000 DA, jusqu’au grade de chroniqueur, dont le salaire est fixé à 148 000 DA. Le régime indemnitaire spécifique sera calculé sur la base des 65% du salaire.

La grille des salaires adoptée dans la presse publique est-elle applicable dans le secteur privé ? «Elle pourra avoir un effet d’entraînement. Cet effet est le bienvenu, car la corporation évolue dans la précarité. Certains sont carrément sinistrés», estime Zine Cherfaoui, journaliste à El Watan. Notre confrère du Soir d’Algérie, Tarik Hafid, se montre très pessimiste quant à la possibilité de l’application de cette loi dans le secteur privé : «Je suis très réaliste. Il y a le texte et l’application du texte. Il faut qu’il y ait des mécanismes d’application. Ça ne sert à rien d’introduire la grille des salaires dans le statut des journalistes lorsqu’il y un vide juridique», met-il en garde, en appelant à un débat sur la question. S’appuyant sur la situation financière de certaines entreprises de presse, il rappelle que certains patrons menacent de fermer dans le cas où cette grille serait appliquée. «Dans tous les cas, c’est le journaliste qui est perdant», conclut-il.

Zine Cherfaoui met, à son tour, l’accent sur la précarité qui caractérise la corporation. C’est pourquoi l’application de cette grille des salaires est indispensable. «Nous souhaitons que les journalistes de la presse privée prennent exemple sur leurs confrères des médias publics pour négocier une convention collective, qui sera une base à partir de laquelle il leur sera possible d’établir, par exemple, des plans de carrière», propose M. Cherfaoui. «La convention collective, dit-il, permet de mettre fin à la zone de non-droit qui caractérise la presse privée en Algérie.» Les journalistes du secteur soulèvent la problématique de la représentativité. Tout en félicitant leurs confrères du secteur public pour leurs augmentations de salaires, les journalistes des médias privés déplorent l’anarchie qui règne dans leurs rangs.

«C’est une question de combat. Les gens ont baissé les bras depuis un moment», reconnaît Tarik Hafid. Pour y remédier, ce dernier suggère le renouvellement du SNJ ou la création carrément d’une nouvelle instance syndicale qui soit en mesure de porter les revendications des journalistes.
Zine Cherfaoui invite, pour sa part, le SNJ à renouveler ses structures afin de prendre en charge très vite les questions socioprofessionnelles et salariales des journalistes. Le journaliste d’El Watan lance, à l’occasion, un appel au Syndicat des journalistes affilié à l’UGTA pour prêter main-forte au SNJ. Les patrons de presse sont invités également à se structurer en une association des éditeurs pour élaborer une convention collective-type applicable au niveau de tous les titres de la presse.

Evaluant l’actuelle grille des salaires, Tarik Hafid affirme : «La presse privée est loin des standards de la presse publique. Et la presse algérienne de manière générale est loin des standards internationaux.»  De son côté, Kamel Amarni, secrétaire général du Syndicat national des journalistes (SNJ), propose l’introduction de cette grille des salaires sous forme de loi. «Il faut avoir l’outil qui puisse rendre cette grille des salaires obligatoire pour le privé», suggère-t-il. Le SNJ réitère son appel pour que cette grille des salaires soit appliquée à tous les travailleurs de la corporation sans distinction. M. Amarni souligne qu’en tant que syndicat, le SNJ est signataire de cet accord. «On aurait aimé que l’UGTA se montre solidaire avec le syndicat du secteur privé avant de signer la convention», déplore le SG du SNJ.

D’après ses dires, si l’UGTA (la centrale syndicale et non pas les syndicats des entreprises) avait soulevé les problèmes du secteur privé, les résultats auraient été plus satisfaisants. «Le SNJ était présent lors de l’élaboration de la grille des salaires des journalistes. Sur 40 séances tenues, le représentant du SNJ a assisté à 4 séances seulement», précise Mustapha Aït Mouhoub, qui salut les efforts de la SG de la section syndicale (SNJ) du journal El Nasr. M. Aït Mouhoub déclare que la prochaine étape sera l’application de cette loi dans le secteur privé, et ce, dans le cadre de la lutte intersyndicale. «On n’est pas sectaire. On va revendiquer la révision du statut de 2008», affirme M. Aït Mouhoub, qualifiant ce statut de «rachitique». Par la révision du statut des journalistes, le secrétaire général du syndicat de l’APS vise l’intégration de l’accord sur les salaires, composé de 37 articles.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Djedjiga Rahmani

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