Prise en charge des flux migratoires : Quelle politique adopter face à la baisse des ressources financières ?

Elwatan; le Lundi 26 Octobre 2015
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Mais, avec la forte évolution  du nombre des réfugiés, une réflexion sur la prise en charge de ce dossier s’impose. Un atelier organisé fin septembre dernier à l’Université de Bouzaréah à l’initiative du Laboratoire de changement social (LCS) a d’ailleurs mis l’accent sur ce dossier.

En effet, en tant que pays de transit et d’accueil pour des milliers de migrants, l’Algérie se doit aujourd’hui d’adopter une stratégie claire de prise en charge de ces flux migratoires.

De même qu’elle se doit d’adapter cette stratégie à sa situation économique, c’est-à-dire arrêter un plan en fonction des ressources financières qui sont actuellement en baisse en raison du retournement du marché pétrolier. C’est à ce niveau que réside le problème pour un pays qui a toujours été une terre d’accueil pour les populations des pays voisins fuyant  les guerres civiles, la pauvreté, la famine, la sécheresse et l’instabilité politique. Car, faut-il le noter, cette situation risque de peser sur les ressources du pays.

Certains pays commencent déjà à ressentir l’impact de ces flux migratoires et demandent d’ores et déjà l’appui du Fonds monétaire international (FMI).

Un groupe de pays du Moyen-Orient estime que le FMI doit venir en aide aux pays de la région frappés par la crise des migrants en leur accordant des prêts à faible taux d’intérêt : «Plusieurs de nos pays font face à des demandes croissantes qui pèsent sur leurs ressources intérieures en raison de l’afflux de réfugiés et des déplacements de population», est-il écrit-il dans un communiqué signé par le Liban, la Jordanie, l’Irak et la Libye, publié sur le site du FMI. Ce groupe «appelle le Fonds à fournir des financements aux pays frappés sur des bases concessionnelles pour atténuer ces coûts», indique ledit document.

Les pouvoirs publics s’engagent, mais…

L’Algérie n’est pas à ce stade connaissant d’abord sont engagement pour le soutien des populations démunies, mais le contexte économique actuel est loin d’être favorable à un appui sans stratégie au préalable. D’où l’urgence d’une politique claire dans ce cadre. Une politique pourtant promise à maintes reprises par les pouvoirs publics. Faudrait-il rappeler dans ce cadre que la ministre de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme, Mounia Meslem, a déjà annoncé la préparation d’une feuille de route pour une meilleure prise en charge des migrants africains en Algérie.

Elle a également parlé d’instructions aux walis pour consacrer des espaces au niveau de leurs circonscriptions respectives pour la prise en charge de ces migrants. «L’Algérie ne ménagera aucun effort pour la prise en charge des migrants originaires des Etats du Sahel», a-t-elle assuré lors d’une visite sur le terrain, rappelant : «La politique de l’Algérie avec ses voisins a toujours eu la solidarité comme fondement et elle le restera comme tel.» Mais les flux sont  de plus en plus importants et les dépenses s’annoncent aussi importantes.

Car, si  auparavant l’Algérie accueillait les réfugiés provenant de la lutte des peuples palestinien et sahraoui, depuis 2011, plus précisément avec le début des révoltes arabes,  les populations déplacées de Tunisie, de Libye, d’Egypte, de Syrie, du Niger, du Mali et d’autres pays africains suite aux crises politiques accentuées arrivent en masse à nos frontières.

Le gouvernement aura-t-il les moyens de continuer d’accorder l’accès gratuit à l’éducation et aux soins de santé publique aux réfugiés dans l’ensemble du pays comme il le fait actuellement ? Une question qui s’impose en cette période d’incertitudes économiques accompagnée par la hausse des flux migratoires.

Le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) dont les principaux groupes de personnes relevant de sa compétence en Algérie sont pour cette année les 90 000 réfugiés sahraouis, des  réfugiés et des demandeurs d’asile en provenance des pays de l’Afrique subsaharienne et les personnes qui ont fui les crises au Mali, souligne d’ailleurs l’évolution des migrants.

«Les évolutions dans l’ensemble de la région, combinées à des mesures d’interception plus strictes et à des politiques d’asile plus restrictives dans les pays de l’Union européenne ont fait augmenter le nombre de demandes d’asile en Algérie émanant principalement de personnes originaires de la République arabe syrienne (Syrie)», indique à ce sujet le HCR.

Besoins du HCR en Algérie :

33,2 millions de dollars  en 2015

Tout cela engendre bien sûr des frais pour la prise en charge sanitaire et éducative essentiellement. Pour 2015, les besoins globaux des réfugiés et des demandeurs d’asile en Algérie sont estimés à 33,2 millions de dollars, selon la même source qui rappelle une hausse régulière ces cinq dernières années pour répondre à l’augmentation des flux migratoires mixtes utilisant l’Algérie comme pays de transit et de destination. Parallèlement au travail du Commissariat, un dispositif d’aide est mis en place  coordination entre le Croissant-Rouge algérien (CRA), des  organisations non gouvernementales et les différents services sociaux de l’Etat. Mais la prise en charge reste aléatoire. La réapparition des migrants subsahariens dans les différentes villes algériennes et les conditions dans lesquelles ils vivent le montrent clairement.

Les citoyens le remarquent quotidiennement. Les rues, les axes routiers et même les villages les plus reculés connaissent un grand flux de migrants en quête de dons pour subvenir à leurs besoins.

Et ce, d’autant que les opportunités d’emploi qui s’offrent aux migrants restent faibles (pas d’accès au marché du travail) et que les textes de loi (la  loi nationale sur l’asile essentiellement) sont toujours en attente. Face à ce vide,  le HCR qui a reçu entre  2009 et 2013 plus de 4500 demandeurs d’asile, détermine lui-même le statut de réfugié.
 

Categorie(s): economie

Auteur(s): Samira Imadalou

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