Publication : Telghouda ou mots en vie

Elwatan; le Dimanche 15 Mars 2009
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Que reste-t-il des camarades d’une longue lutte lorsqu’ils disparaissent à jamais, alors que le combat n’est pas fini ? Le devoir pour celui qui demeure en vie est de témoigner de cette lutte, pour que d’autres en sachent l’âpreté.
Pour défier les temps des reniements que nous vivons…

Au bonheur des âmes reptiles… "

Amor Mohktar Chaalal est poète et militant. Il sait tellement d’autres plaisirs de la vie, mais n’en garde jalousement que ceux procurés par la force du verbe et la constance des convictions. Avec ses ailes d’ «Albatros» (Léo Ferré), il sait flotter dans les airs lorsqu’il s’agit de survoler les paysages immenses des hautes plaines et de la montagne, les splendeurs de la baie de Béjaïa, les atmosphères ombragées des rues de Sétif surprises au moment où les belles s’égaillent pour aller se vautrer au hammam…
Le sublime oiseau pique en prédateur sur chaque parcelle de beauté décelée.

Il mesure aussi la grandeur de celles qui ne vendent rien de leur dignité, juste un bout de leur chair meurtrie, pour une maigre récolte de «Telghouda» au plus froid de l’hiver, pourvu que survivent ceux en qui elles placent leurs espoirs, leurs enfants.
Et se souviennent un jour…

Amor n’écrit pas ses romans, il les clame.

Ne soyons pas étonnés de voir alors la poésie envahir chaque page, nous surprendre au détour de chaque situation n’ayant d’autre prétention que de narrer des péripéties. Nous ne savons jamais d’avance à quel moment le militant surgit pour imposer le poète et contraindre les oreilles, non habituées, à subir la gifle du verbe acerbe, se satisfaire des voix sublimes et apprendre à écouter les douleurs.

Au malheur des âmes fragiles…

Amor ne décrit pas ses personnages, il les restitue.
Des figures tellement oubliées revêtent alors leurs habits d’Histoire et reviennent nous conter ce que furent les journées terribles, celles qui virent justement les éveils définitifs d’adolescents devenus des géants d’avoir de leur cœur surpris «les yeux de l’Oppression» (Léo Ferré).

Hier, Kateb Yacine.

Aujourd’hui (et demain), Abdelhamid Benzine.
Deux amis, deux façons de rendre compte de ce que le poète a gardé comme séquelles des blessures communes, définitivement tatouées dans son âme. Deux manières de les remettre dans leur écrin de luttes quotidiennes, chaque page (tournée, jamais retournée) en étalant son lot.
Au malheur des âmes dociles…


Categorie(s): setif

Auteur(s): Fayçal Ouaret

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