Rébellion Touareg au Nord-Mali : «Geste de bonne volonté» et exigences

Elwatan; le Mercredi 2 Janvier 2008
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A la mi-octobre 2007, avec le concours de la médiation algérienne, une première libération de 8 prisonniers maliens (5 civils et 3 militaires) avait eu lieu.
On l'attendait pour jeudi 27 décembre, elle a finalement eu lieu dimanche 30 décembre : c'est la libération annoncée et tant attendue de 10 prisonniers militaires maliens, sur 36, tous militaires, pris par les rebelles d'Ibrahim Ag Bahanga lors de différentes opérations organisées contre des garnisons militaires, en août et septembre 2007 à Kidal, dans la localité de Tinzaouatine malienne, 2000 km de Bamako.
Tinzaouatine (Algérie) : Correspondance particulière

«Un geste de bonne volonté», expliquait alors Hama Ag Sidahmed, le porte-parole de la rébellion, en échange de quoi il était exigé «le retour du dispositif militaire» de l'armée malienne à ses positions initiales, évoquées dans l'«Accord d'Alger» du 4 juillet 2006, ainsi que la libération de 2 prisonniers, des hommes d’Ibrahim Ag Bahanga. Exigences déçues. «Le geste fait sans la présence des médias ne l'a pas été en prenant l'opinion publique à témoin», regrette le porte-parole de la rébellion. C'est ainsi que cette deuxième libération obtenue «toujours grâce au facilitateur algérien et l'intervention discrète de l'organisation française Mario, conduite par Robert Dulasse, se devait de se faire cette fois avec la présence de la presse algérienne, au moins». C'est ainsi que dimanche 30 décembre, en fin de journée, à Tinzaouatine (localité algérienne frontalière du Mali), s'est déroulée la cérémonie de remise de 10 prisonniers militaires maliens à leur gouvernement.
Une cérémonie sous l'égide du facilitateur algérien, représenté par le chef de daïra de Tinzaouatine, Krid Mahfoud, qui a procédé à la remise officielle des prisonniers au colonel Elwa Togo, représentant de la partie malienne. La représentation de la partie rebelle malienne ne se fera remarquer que le lendemain matin, 31 décembre, lorsque Hama Ag Sidahmed, porte-parole, et Hassan Ag Fagaga, responsable militaire, qui ont préféré rester en marge de la cérémonie, donneront une conférence de presse aux journalistes présents.
Visiblement bien traités durant les quatre mois et demi de leur emprisonnement, les militaires maliens rentreront heureux chez eux à Kidal-ville, 300 km au sud, à bord de véhicules mis à leur disposition par l'Algérie. La libération des 26 prisonniers militaires (13 sous-officiers et 13 officiers), toujours aux mains d'Ibrahim Ag Bahanga, «dépendra de la bonne volonté, ou non, du gouvernement malien pour répondre à nos revendications», précise Hassan Ag Fagaga. Celles-ci sont multiples et tournent, globalement, autour des aspects socioéconomiques, culturels et sécuritaires dont doivent bénéficier les régions nord du Mali, à population touareg, considérées par les rebelles comme des régions particulièrement oubliées. Des revendications consignées dans l'«Accord de paix» d'Alger, signé le 4 juillet 2006 entre le gouvernement malien, les rebelles de «l'Alliance du 23 mai 2006», avec la conciliation algérienne.

Du MNMC au ATNMC

L'œuvre de bonne volonté exprimée à l'occasion de cette libération de prisonniers n'est plus l'action du mnmc (Mouvement Nord-Mali pour le changement), créé le 18 septembre 2007 par le mouvement rebelle, mais celle de l'ATNMC, (Alliance touareg Nord-Mali pour le changement) : un nouveau mouvement, en lieu et place de celui annoncé le 18 septembre 2007, qui décidera de la libération des prisonniers. Un mouvement annoncé par son porte-parole, Hama Ag Sidahmed, lors de la conférence de presse animée à Tinzaouatine, qui rassemble cette quatrième rébellion de l'histoire du Mali et «une frange de l’Alliance du 23 mai».
Dans les bagages de ce nouveau mouvement qui a mûri entre les 15 et 30 décembre 2007, un communiqué distribué à la presse internationale dans lequel l'ATNMC explique son geste de libération des prisonniers dans l'espoir de voir le gouvernement malien «s'engager dans la voie de la réconciliation» en «amorçant le démantèlement du dispositif militaire déployé dans l'extrême nord-est de Kidal», en «libérant les 2 Touareg détenus à Bamako», et en «reprenant rapidement le dialogue sur le contenu de l'accord d'Alger, resté lettre morte».

«Accord d'Alger» : Un e révision pour un contenu actif

Menée activement par le porte-parole de la nouvelle ATNMC, la revendication de changement à opérer sur l'«Accord d'Alger» de juillet 2006 porte sur de larges compétences politiques, économiques, sociales et culturelles à imprimer à la région extrême nord de Kidal «pour répondre aux préoccupations des populations locales», et ce, avec «la création d'un ministère dans cette région» : un ministère soutenu par «la création d'une commission» œuvrant comme un vrai «plan Marshall», soutient le porte-parole de l'atnmc.
Toute une série de modifications comprenant également une participation «nombreuse et active» des Touareg dans les appareils militaires et sécuritaires de leur pays : c'est la formulation d'un nouvel «Accord d'Alger» que revendique une rébellion composée essentiellement de jeunes aux espoirs renouvelés.

Categorie(s): dossier

Auteur(s): Naima Chekchak

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