Repère : une balle dans le pied

Elwatan; le Lundi 2 Decembre 2013
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C ’est trop sérieux pour en rire, mais le fait est là. Israël va rejoindre le Conseil des droits de l’homme de l’ONU (CDH) en tant que membre du groupe européen au sein de cet organe avec qui l’Etat hébreu était en conflit depuis plusieurs années, apprenait-on hier.
Remarquons qu’une telle information comporte en elle-même pas moins de trois éléments qui devraient frapper de nullité une telle démarche, sinon la dissuader, car il y va du respect que l’ONU continue à susciter et de l’image que l’Europe entend donner d’elle-même, même si l’Europe ne craint pas la contradiction en bafouant ses propres principes. Le troisième élément est, bien entendu, ce caractère conflictuel dont on se demande si véritablement il a été réglé et de quelle manière.

Israël a donc réussi à porter gravement atteinte à l’instance onusienne en l’intégrant alors même qu’en matière de respect des droits de l’homme, il y a beaucoup à dire, ainsi que l’attestent les documents mêmes des Nations unies qui ne comportent pas uniquement des résolutions, mais un travail de terrain que ses équipes accomplissent régulièrement. Tout y passe, de la privation du droit le plus élémentaire, celui de vivre libre, au chantage élémentaire.

C’est l’ONU qui qualifie Israël de puissance occupante, et c’est Israël qui refuse d’appliquer les résolutions du Conseil de sécurité qui lui font obligation de quitter les territoires palestiniens. Ce n’est plus la force du droit, mais bel et bien le droit de la force.
Comment, dans de telles conditions, tolérer une telle présence forcément attentatoire à la réputation des Nations unies, sauf à vouloir, pour ces dernières, se tirer une balle dans le pied ?

Comment par ailleurs l’Europe, d’habitude très regardante sur la question des droits de l’homme, a-t-elle accepté d’intégrer en son sein Israël, un pays non européen, géographiquement situé en Asie, et qui se voit refuser l’accès du groupe Asie-Pacifique ? Première anomalie, la seconde étant que l’Europe a adopté de nombreuses résolutions, notamment celle appelant à la création d’un Etat palestinien, laquelle remonte à 1980 et que les Israéliens refusent d’appliquer.L’Europe, rappelle-t-on, a aussi appelé à l’arrêt de la colonisation israélienne, mais là aussi sans être écoutée.

Israël avait rompu tout contact avec le CDH en mars 2012, quand ce dernier avait annoncé l’ouverture d’une enquête sur les colonies dans les territoires occupés. Puis en janvier, Israël était devenu le premier pays à refuser d’assister à son examen périodique sur la situation des droits de l’homme.

Un véritable défi lancé à l’institution internationale, mais aussi au monde avec ce refus d’accéder aux revendications palestiniennes portées par une unanimité soutenant ce que l’on appelle la solution à deux Etats. Plus que cela, Israël persiste à vouloir coloniser les territoires palestiniens, alors même qu’une telle politique a été déclarée illégale par ces mêmes Nations dès le début du processus d’annexion au lendemain de la guerre de juin 1967. Que pourrait donc signifier ce retour d’Israël au sein d’institutions internationales qu’il avait lui-même boycottées après les avoir défiées ? Comment par ailleurs interpréter la position européenne, sauf à croire qu’Israël aurait donné des garanties, mais comment s’en convaincre si l’on considère qu’il a déjà emprunté ce parcours rien que pour mettre fin à son isolement, ce que la presse israélienne n’a pas manqué de relever ? Un jeu plutôt dangereux, sauf que cet exercice est vain, en ce sens qu’il ne trompe personne.

Categorie(s): international

Auteur(s): Mohammed Larbi

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