Repère : une région au bord de l’explosion

Elwatan; le Dimanche 6 Janvier 2013
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Qui se souvient des propos de Kofi Annan ? Un avertissement lancé, en quelque sorte, au monde alors que la Syrie s’enfonçait dans la guerre. Des propos inquiétants aussi bien dans la forme que dans le fond, mais visiblement personne n’en a tenu compte. Très exactement, l’ancien secrétaire général des Nations unies, alors en charge d’une mission de médiation, disait que le conflit syrien ne menaçait pas uniquement la Syrie d’implosion, mais l’ensemble du Proche-Orient d’explosion. Son successeur, Lakhdar Brahimi,  qui a repris la mission de médiation, parlera, quant à lui, de guerre par procuration, il n’a jamais été aussi pessimiste.

Difficile de croire que personne ne semble s’en inquiéter, car la nouvelle phase que traverse la crise syrienne en donne les premiers signes. C’est ce qui a fait dire au politologue français, Olivier Roy, que «les acteurs syriens sont tous partie prenante, malgré eux, d’un paysage géostratégique qui les dépasse. C’est dire que l’évolution ne dépend pas du choix du peuple syrien». Et d’affirmer que «tous les acteurs régionaux se précipitent pour armer leurs candidats. On ne voit rien de comparable dans les autres pays arabes».

Tout aussi pertinents, des analystes en sont à considérer que rien n’est fait pour arrêter cette effroyable descente aux enfers. «Il n’y a pas d’échec diplomatique, car il n’y a pas d’action», soulignent-ils. Toujours aussi attentive, l’ONU persiste et signe en parlant de confessionnalisation du conflit. Et cela devrait-on dire, sans quitter son cadre original qui est l’opposition au pouvoir en place.
Et pas plus tard qu’hier, un quartier chrétien de Damas subissait son premier bombardement, sans que l’origine des tirs soit connue. L’action la plus récente intervient sous la forme de dérapage, sinon de représailles contre des représentants d’une communauté vivant au Liban, donc non concerné(e)s par cette guerre. Ils en sont les otages bien malgré eux. Tout bouge en vérité et plus seulement à l’intérieur des frontières syriennes.

Bien que discrets et très officiellement à l’écart de ce qui s’y passe, les Kurdes ont pris en charge leurs propres affaires, y compris leur sécurité, et cela n’a pas manqué de faire grincer des dents du côté turc de la frontière. Ou encore au prix de combats sanglants avec d’autres tendances de la rébellion syrienne, qui les accusent de complicité avec le régime syrien, lui qui niait jusqu’à leur propre existence. Et la liste est déjà bien longue, suffisamment en tout cas pour fissurer davantage la Syrie, et donner du répit au pouvoir d’Al Assad. C’est bien la boîte de Pandore. Qui la refermera, et à quel prix ?

Il n’est toutefois pas exclu que celui-ci ait voulu brouiller les cartes, ne pas en être l’unique perdant, ceci étant considéré comme une évidence depuis le début de la contestation. Et même si cela relève de l’humanitaire, il n’est pas aisé de prendre en charge des centaines de milliers de réfugiés syriens. Et si jamais la situation devrait durer plus longtemps, il n’est pas exclu que les pays d’accueil vivent des problèmes jamais envisagés.

Personne à vrai dire n’a envisagé une telle situation qui commence par la Syrie avant de s’étendre aux pays voisins.
Al Assad commencera alors par fracturer son propre pays. N’ayant plus de porte de sortie, le président syrien pourrait, en dernier recours, se confiner dans le pays alaouite que beaucoup disent en voie de délimitation en termes de frontières et aussi de moyens de défense. En témoigne le redéploiement de ses troupes qui suivrait non pas le champ de bataille, mais les contours du pays alaouite. Quitte à se lancer, se rend-on compte, dans la politique de la terre brûlée. Qu’importe aussi que des pays de la région soient pris dans cette tourmente. Kofi Annan a vu juste.   

 

Categorie(s): international

Auteur(s): Mohammed Larbi

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