Report de la 3G : des experts désavouent le gouvernement

Elwatan; le Dimanche 1 Decembre 2013
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Le report de la commercialisation de la téléphonie mobile 3G+ en Algérie est revenu, une nouvelle fois, au-devant de l’actualité, suscitant des interrogations au sein des opérateurs concernés, des usagers, mais aussi des experts au fait de ce dossier. Pour Younès Grar, expert en technologies de l’information, «l’annonce de cet énième report a été reçue comme une véritable douche froide, en ce sens que l’on pensait que le lancement de la téléphonie de troisième génération est désormais une question définitivement réglée». Aujourd’hui, «l’on revient à se demander s’il y a une réelle volonté à aller vers cette nouvelle technologie et adopter une gestion démocratique d’une affaire purement commerciale», a souligné M. Grar.

Cela remet également sur la table «toutes les spéculations qui ont eu lieu à ce sujet, notamment la question du rachat de Djezzy par l’Etat, l’état de préparation d’Algérie Télécom ou encore l’aspect sécuritaire entourant cette affaire», a ajouté l’expert. Quant au fait d’imposer aux opérateurs l’élaboration de nouvelles puces pour les abonnés 3G, il s’agit là, selon lui, d’une mauvaise décision qui «aura certainement des répercussions sur les prix et les délais», puisqu’il s’agit d’engager «de nouveaux investissements et autres charges coûteux pour les opérateurs».

Par ailleurs, la non-disponibilité d’une numérotation 2G-3G commune, jugée incompréhensible, pénalise les usagers «qui se verront dans l’obligation de s’équiper d’un deuxième téléphone pour bénéficier de cette nouvelle technologie», fait remarquer notre interlocuteur. Et de préciser que même si les textes préparés ne le permettent pas «cette rigidité doit être dépassée avec des solutions à trouver en concertation avec les opérateurs et les spécialistes du domaine». «Les pouvoirs publics, qui devraient s’excuser pour tout ce retard accusé dans la gestion de ce dossier, doivent savoir qu’il s’agit d’abord d’un droit réclamé par les citoyens et qu’il est temps d’arrêter de tergiverser sur cette question», conclut-il.

Pour sa part, Rafik Khenifsa, directeur du magazine spécialisé ITmag, pense que ce nouveau report est en fait un problème financier très mal posé. «L’ARPT veut contrôler le chiffre d’affaires opérateur pour pouvoir avoir ses 1% et donc demande aux opérateurs d’avoir une sim data/3G. C’est plus facile. Mais il n’y a que de problèmes en perspective pour le citoyen et les opérateurs car tous vont vouloir avoir leur sim», explique-t-il. Mais, tient-il à préciser, «le ministère de la Poste et des TIC parle officiellement de notification définitive de la licence, qui n’excédera pas la fin de la semaine prochaine, et non pas de report. Cela voudrait dire que les opérateurs de télécom mobile vont avoir la notification disons à partir du 8 décembre. A partir de ce moment-là, théoriquement ils peuvent lancer la 3G. Mais il y aura un autre retard qui concerne les puces data, c’est-à-dire que la 3G ne pourra fonctionner qu’avec une puce data et un numéro spécial que l’ARPT va attribuer aux opérateurs», souligne M. Khenifsa.

«En tout état de cause, le retard est lié essentiellement à la notification : les opérateurs de télécom mobile n’ont qu’une autorisation provisoire et ne peuvent pas commercialiser leurs produits», ajoute-t-il. «Il y a peut-être un autre retard qui pointe : est-ce que la notification suffit ou faut-il attendre la publication du décret dans le Journal officiel ? Ce qui est sûr, c’est que la commercialisation effective de la 3G ne pourra se faire qu’à partir de 2014», estime M. Khenifsa.

A en croire un responsable à l’ARPT, sous le couvert de l’anonymat, «le report a été décidé pour des raisons purement techniques, le temps de programmer les nouveaux groupes de numéros et examiner les offres des opérateurs». Il fera savoir à ce propos que «le décret exécutif d’octroi de la licence parle de la commercialisation à partir du 1er décembre, et non pas le 1er décembre». Quant à la portabilité des numéros, celle-ci «sera effective dans 6 à 8 mois au plus tard».
 

Categorie(s): economie

Auteur(s): Lyes Mechti

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