Report du démantèlement tarifaire : Echec du 8e round de négociations

Elwatan; le Lundi 20 Fevrier 2012
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Les négociateurs ne se sont toutefois pas quittés sur un désaccord irréversible puisqu’ils ont pris l’engagement de se revoir prochainement à Bruxelles pour poursuivre le dialogue. La conjoncture économique n’étant pas du tout favorable à de nombreux pays européens contraints de doper leurs exportations pour combler quelque peu le déficit de leurs balances commerciales, les observateurs avertis étaient sceptiques quant à l’issue de ces négociations en faveur de la demande algérienne. Pour les négociateurs européens, l’Algérie ne connaît pas de crise financière et son épais matelas de réserves de change ne lui donne droit à aucune faveur en termes de mise en œuvre de l’Accord d’association qu’elle a souverainement conclu en avril 2005.

Les craintes de l’Algérie pour le devenir de son tissu industriel ne semblent guère les toucher, car convaincus que les difficultés de l’industrie algérienne ne sont pas imputables au démantèlement tarifaire, mais à la mauvaise gouvernance du pays et au manque de volonté des pouvoirs publics concernés de conforter les entreprises de production. Ces derniers semblent en effet avoir pris le parti des importateurs dont le nombre est passé d’à peine 7000 en 2003 à près de 40 000 aujourd’hui. Soumises aux rudes épreuves de la bureaucratie et de l’instabilité juridique, les entreprises industrielles subissent par contre un phénomène de mortalité sans précédent (près de 50.000 entreprises de production auraient fait faillite entre 2010 et 2011 selon l’Agence de promotion de la PME).

Il est, par conséquent, bien difficile pour les négociateurs européens de concéder une quelconque faveur à l’Algérie tant que ses gouvernants n’auront pas commencé par mettre de l’ordre dans la gestion de l’économie, en général, et des entreprises, en particulier. Cette perception reste valable, aussi bien, pour les relations commerciales que l’Algérie entretient avec les pays de l’Union européenne, que pour celles qu’elle est appelée à entretenir avec le reste du monde une fois admise à l’OMC.
Pour rappel, sur les 4000 produits concernés par le démantèlement tarifaire, près de 2330 articles ont déjà bénéficié de cette dispense de droits de douane qui n’a, est-il bon de le signaler, profité qu’aux exportateurs européens qui ont exploité, sans aucun état d’âme, l’impréparation des entreprises algériennes qui, il est vrai, est surtout imputable au dilettantisme de nos gouvernants.

Un tissu industriel en perdition

Il faut, toutefois, reconnaître à décharge des autorités algériennes, que tout ce que l’Union européenne avait promis pour rendre plus compétitives nos entreprises (mises à niveau, abolition du dumping, etc.), n’a pas du tout été appliqué, ou très peu, comme c’est le cas des mises à niveau dont n’ont bénéficié que 400 sociétés privées au total. Il faut se rendre à l’évidence que la situation des entreprises de production algériennes est aujourd’hui telle qu’elles ne sont même plus capables de défendre leurs parts de marché dans leur propre pays. Un déferlement de marchandises étrangères estimées à environ 45 milliards de dollars en 2010 et à près de 50 milliards en 2011, a en effet laminé ce qui restait du maigre tissu industriel algérien au point qu’il est illusoire de compter sur une hypothétique relance des exportations hors hydrocarbures.

A moins que de reporter la prochaine vague de démantèlement tarifaire à une échéance la plus lointaine possible tout en effectuant d’énergiques réformes durant ce répit, l’industrie algérienne court le risque bien réel d’être irrémédiablement laminée à l’horizon 2017, date à laquelle entrera en vigueur, en application de l’Accord d’association, la dernière vague d’abolition tarifaire. Les négociations qui achoppent essentiellement sur le volet industriel ne seront, à l’évidence, pas simples à conduire vers un accord conciliant les intérêts malheureusement très divergents des deux parties. A moins d’un retournement de la conjoncture économique européenne dans le sens d’une reprise rapide de la croissance, on ne peut qu’être sceptiques quant à l’issue du prochain round des négociations.

Et, à supposer que la partie européenne, comme on le souhaite, fasse l’effort d’accepter un report d’échéance, il n’est un secret pour personne que ce n’est pas exclusivement à ce niveau que se jouera l’avenir de l’industrie algérienne, qui souffre, d’abord et avant tout, du mauvais climat des affaires qui prévaut dans le pays et du mode de gestion rentier et bureaucratique auquel les entreprises de production sont soumises. Plutôt que de ne compter que sur les faveurs de l’Union européenne, l’Algérie devrait plutôt compter sur elle-même en mettant en œuvre les réformes qui s’imposent.               

Categorie(s): economie

Auteur(s): Nordine Grim

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