Reportage-Cinéma Express à Marrakech : L’oasis ocre ne fait pas de la figuration

Elwatan; le Lundi 7 Janvier 2008
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Le temps s’est arrêté à Marrakech, au Maroc, pour battre la chamade et au rythme d’un je-ne-sais quoi de fébrile dans l’air. Et pour cause ! Marrakech faisait son cinéma ! Du 7 au 15 décembre 2007, cette ville aura été ce travelling désormais international accueillant le 7e Festival du film à destination de Marrakech Express : tourisme, cinéphilie et villégiature.
Marrakech (Maroc) : De notre envoyé spécial

Le cœur de la ville est immanquablement le Palais des congrès abritant le 7e Festival international du film de Marrakech. Et tout le monde en parle. Surtout de la star hollywoodienne Leonardo Di Caprio et d’un certain Martin Scorsese, le grand réalisateur américain, l’auteur de films comme Taxi Driver, Raging Bull, les Affranchis ou encore American Gangsters, le loup blanc de Marrakech. Son nom est bruissé aux quatre coins de cette cité ocre depuis qu’il a surpris agréablement les Marrakchis et autres touristes étrangers à la place Djamaâ F’na. Pas du tout dépaysé, Martin Scorsese, devant des milliers de personnes, a battu la mesure, chanté et dansé sur le rythme extatique de la musique du légendaire groupe marocain Nass El Ghiwane. Un air, une chanson, une histoire d’amour avec le son hypnotique aux cimes de l’Atlas. Car un art pas du tout mineur mais plutôt altier. Contrairement à ce qu’on croit, c’est qu’entre Martin Scorsese et Nass El Ghiwane, c’est une grande passion datant de longtemps. Un coup de foudre pour ne pas dire une véritable dévotion pour Nass El Ghiwane. C’est en regardant la télévision tard dans la nuit à New York, il y a de cela 26 ans, le documentaire Transes (1981) d’Ahmed El Maânouni. Il confiera dans la presse que ce documentaire portant sur la musique et l’esprit Nass El Ghiwane l’influencera quant à la réalisation du film La dernière tentation du Christ qui, d’ailleurs, a été tourné au Maroc. «Ahmed Al Maânouni a réalisé un très beau documentaire... En protégeant la culture et sa diversité, ce sacré monsieur nous donne surtout une leçon d'humanité...
Ce film m'accompagne sans cesse depuis 1981... Je ne cesse de le revoir», commentera Scorsese. Et cette admiration sans bornes a été telle que le réalisateur américain a pensé à immortaliser Transes, et ce, sous les auspices de la Fondation World Cinema qu’il a créée. Une association à but non lucratif apportant un soutien financier à la restauration et à la diffusion des films du monde entier, en particulier ceux d'Afrique, d'Amérique latine, d'Europe centrale et d'Asie. Et puis, Transes a été le tout premier documentaire a être restauré par la FWC sous l’impulsion de Martin Scorsese.

Transes avec Nass El Ghiwane

Dans une interview donnée au journal français Le Monde (publié le 22 décembre 2007), Martin Scorsese évoquera ce qui a motivé le choix de Transes quant à sa restauration :
«La suggestion est venue de Gianluca Farinelli (le directeur de la cinémathèque de Bologne, qui est aussi, au sein de la fondation, le responsable des films et de la restauration), qui savait que ce film comptait beaucoup pour moi. J'ai trouvé que c'était une merveilleuse idée. La première fois que je l'ai vu, c'est pendant le montage de mon film La Valse des pantins, en 1981. A l'époque, on montait les films la nuit, et je travaillais avec la télévision allumée. Mon attention a été retenue par les images d'un concert, et le film est passé en boucle toute la nuit. Transes permettait d'entrevoir ce qu'était la vie au Maroc, il donnait une vision de sa culture depuis la base. C'était quelque chose qui venait de la terre et du peuple marocain, pas de la position des classes supérieures. Je suis tombé amoureux de cette poésie. J'ai ensuite acheté la musique, et elle m'a inspiré pour les images de La Dernière Tentation du Christ, que j'ai tourné au Maroc en 1987. Elle est devenue la bande originale de ma vie...» Une précieuse caution émanant d’un monstre et d’un tycoon, Martin Scorsese à l’endroit du réalisateur marocain affirmant et confirmant la grandeur de son talent. Au Festival de Tanger, il a été le récipiendaire du grand prix grâce avec son film Cœurs brisés. Aussi, le documentaire Transes, dépoussiéré et relooké, a été projeté sur la place Djamâ F’na. Un film relatant le Magical mystery tour de la mythique formation marocaine Nass El Ghiwane (très célèbre en Algérie où elle fera école et des clones) dans les années 1970. L’histoire des enfants terribles et de la balle du quartier populaire Hay Mohammadi de Casablanca. Un autre moment fort aura été la diffusion du film The Aviator sur un écran géant le soir où la place était bondée de monde. Des milliers de spectateurs.
Une bonne toile à la bonne étoile de Martin Scorsese. Du cinéma Paradisio grandeur nature. En marge du Festival international du film de Marrakech, Martin Scorsese, 65 ans, une filmographie affichant une trentaines de longs métrages et 40 ans de carrière au compteur, dispensera un cours magistral et une belle leçon de cinéma. «Pour moi, le scénario est très important et ce que j'y cherche d'abord ce sont les personnages et l'histoire. Je suis beaucoup plus intéressé par les personnages que par l'intrigue. En fait, l'intrigue ne m'intéresse pas beaucoup et d'ailleurs, il n'y en a pas dans Taxi driver (1976), La Dernière Tentation du Christ (1988) et très peu dans Gangs of New York (2002)... Mon expérience en matière d'improvisation comme pour New York, New York (1977) ne fut pas un succès. La structure de ce film était trop lâche. Au début, on a fait 40 prises en 5 jours et il m'a fallu 4 mois pour monter une scène. Je préfère créer moi-même la scène et ensuite l'acteur peut s'y mouvoir, c'est la meilleure façon. Je préfère improviser dans le cadre d'une structure. C'est très difficile mais j'aime cette façon de travailler...»
De front, l’acteur fétiche et attitré de Martin Scorsese, Leonardo di Caprio, s’est vu décerner un award honorifique saluant sa précoce et talentueuse carrière (Gangs of New York, Aviator et The Departed). «Je suis très heureux de décerner l'Etoile d'or à un très bon ami et à un merveilleux acteur qu'est Leonardo. J'ai tourné trois films avec lui et j'ai toujours été frappé par son engagement total dans son travail», congratulera Martin Scorsese en lui remettant le trophée. Lors de ce je ne sais quoi de fébrile dans l’air imprégnant le 7e Festival international du film de Marrakech, ayant vu défiler d’illustres noms du cinéma comme Leonardo Di Caprio, Martin Scorsese, Milos Forman, Abel Ferrara ou encore John Hurt-Nokia, le leader mondial de l’industrie de téléphonie mobile, sponsor de cet événement cinématographique, a saisi cette occasion pour présenter son adhésion au 7e art, et ce, en finalisant un partenariat avec Sony Pictures Entertainment, offrant en France, dans certains pays d’Europe et du Moyen-Orient, le film Spider-Man 3 (2007) de Sam Raimi avec Tobey Maguire, Kirsten Dunst, disponible en 10 langues et avec des sous-titres suivant les variantes quant à sa nouvelle gamme de portables N Series.
Toujours dans cette ambiance festive dédiée au celluloïd, le FIFM a rendu un vibrant hommage au cinéma égyptien de par une rétrospective regroupant 40 films résumant un long travelling allant du Chant de l’espoir tourné en 1937 par Ahmad Badrakhan et interprété par Kawkab Echarq (l’astre de l’Orient), Oum Kaltoum et Oum... Edounia, au Costaud de Salah Abou Seif en passant par Alexandrie pourquoi ? de Youcef Chahine ou encore Imarat Yacoubian adapté du roman de Aala El Aswany et réalisé par Marwan Hamed. Ponctuant ces 100 ans de cinéma égyptien, une soirée VIP a été organisée à Dar Essoukar (la maison du sucre), un riad très huppé au même titre que Le Pacha (le must de Marrakech «concurrençant» celui d’Ibiza, le DJ frenchy David Guetta s’y essaya aux manettes) où l’on pouvait croiser Adel Imam, Yousra, Nour Chérif, Hind Sabry, Farid Boughedir, Izet El Alaïli, Yousri Nasrallah, Bessam Mounir, Younes de la fratrie Migri, ces popmen marocains des années 1970 (remember Laïli Touil), les rappeurs très en vogue Fnayers représentant la Naïda ( une sorte de Movida marocaine), des designers, des DJs de la «faune fauve parisienne» ou encore un mannequin transexuel. Par ailleurs, ce qui est patent à travers le Festival international du film de Marrakech, c’est que le Maroc est passé à la vitesse supérieure en enclenchant la 7e. Celle du cinéma et en mode majeur.
Contre toute attente, le Maroc est un plateau de cinéma grandeur nature et à ciel ouvert pour Hollywood et l’Europe. La preuve ! Essaouira, Ouarzazatte, Tanger, Marrakech ou encore Casablanca étaient et sont toujours des destinations privilégiées et de choix pour la réalisation de Blockbusters (superproductions).

Kingdom of Heaven

Le pedigree : Jésus de Nazaret (1977) de Franco Zefferelli, La Dernière Tentation du Christ (1987) de Martin Scorsese, Harem d’Arthur Joffe, Un thé au Sahara (une partie du film a été tournée au Sud algérien) de Bernardo Bertoluci, Le diamant du Nil de Lewis Teague, Opération Condor avec Jackie Chan, Gladiator, La chute du faucon noir et Kingdom of Heaven de Ridley Scott, Alexander d’Oliver Stone, Marrakech Express, Sahara, Babel, Indigènes de Rachid Bouchareb, Astérix... Le Maroc a été depuis longtemps adopté pour y tourner des films. A Saouira, Orson Welles y réalisa Othello (1952), Djamaâ F’na, la place forte de Marrakech, Alfred Hitchock l’immortalisa avec des scènes cruciales du film L’homme qui en savait trop (1955), David Lean le fit magistralement avec Lawrence d’Arabie (1962), Queimada (1969) de Gillo Pontecorvo, Sables d’or de Youcef Chahine (1966), Patton (1969) de Franklin Schaffner, L’homme qui voulut être roi de John Huston ou encore Rissala de Mustapha Akad observant une halte dans la région de Marrakech. Le réalisateur Ridley Scott se trouve depuis trois mois au Maroc pour le tournage de son nouveau film (le 4e au Maroc) mettant en vedette Leonardo Di Caprio. Il s’agit d’un film d’actualité portant sur la guerre en Irak. C’est dire de la caution inespérée à cette terre d’accueil pour le cinéma qu’est devenu le Maroc.
Plus de 30 films étrangers notamment américains, britanniques, français, italiens, allemands sont tournés au Maroc.
Une tête de pont vers l’Europe, la Méditerranée, l’Atlantique, le Maghreb et l’Afrique doublé d’un climat chaud et tempéré. Un atout géographique majeur ! Aussi, devant cet adjuvant qu’est le choix de tournage de films aidant à un essor économique, la création de gisements d’emploi et la formation professionnelle, le gouvernement marocain, sous l’impulsion du Centre cinématographique marocain (CCM), a mis en œuvre un arsenal de mesures en faveur des producteurs étrangers, à savoir la simplification des procédures d’importation temporaires et de dédouanement de logistiques cinématographiques, des remises sur le transport aérien des biens et des personnes, une tarification symbolique pour les tournages sur les sites et les monuments historiques, l’exonération de la TVA sur tous les biens et services acquis au Maroc... A titre indicatif, le tarif d’une autorisation de tournage pour un long métrage étranger revient à 2000 DH par semaine contre 200 DH pour un film marocain. Ainsi, des producteurs européens, américains et marocains ont conçu des studios de tournage comme Atlas, Kan Zamane, Cinedina, Ester Andromeda, Cinecitta à Ouarzazatte ainsi qu’à Casablanca. Bref, silence, ça tourne à Marrakech... express !

Categorie(s): culture

Auteur(s): K. Smaïl

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