Restauration de la vieille ville : Les propriétaires d’une maison s’insurgent

Elwatan; le Dimanche 1 Decembre 2013
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Les propriétaires d’une maison ancienne à la vieille ville (Souika), connue par maison de Gayed Erahba, -en l’occurrence la famille Kherouatou-, sise au n° 2, rue Mellah Slimane, se sont rapprochés de notre rédaction pour dénoncer ce qu’ils qualifient de «négligence» et de «mauvaise gestion de patrimoine» de la part des services de la direction de la culture. Après que leur demeure a été classée patrimoine matériel parmi cinq autres, elle a été proposée à la restauration par la cellule de wilaya de la réhabilitation de la vieille ville le 25 novembre 2010 dans le cadre du projet initié par l’ancien wali Abdelmalek Boudiaf.

Selon les plaignants, leurs problèmes ont commencé lorsque la direction de la culture a pris en charge ce projet. Cette dernière a amorcé les travaux de réhabilitation, puis les a subitement abandonnés à 50% d’avancement le 17 octobre 2012. Les lieux sont, depuis, restés à l’état de chantier. Aujourd’hui ce beau bâti séculaire est livré au vandalisme et au pillage. D’ailleurs, la famille déplore la disparition du marbre et autres revêtements muraux en faïences et céramiques anciennes et d’autres ornements faits avec du matériau noble, inestimable, datant de l’époque ottomane, introuvable aujourd’hui. Nous avons, pour notre part, pu constater de visu que c’est devenu un repaire pour les délinquants au vu des bouteilles et canettes de bière qui la jonchent. L’échafaudage toujours monté, représente également un danger pour les riverains et les passants, de l’avis même de certains habitants.

Les deux membres représentant la famille Kherouatou nous ont déclaré, à ce propos:  «Nous avons contacté l’entreprise Kacem Tadjrouna et le bureau d’étude de Benhmiouche Youcef qui étaient chargés de la restauration de notre maison pour savoir la raison de l’arrêt des travaux, et ils nous ont répondu que le problème réside au niveau de la direction de la culture dont les responsables ne veulent pas signer les avenants des travaux pour qu’ils puissent renouveler le contrat ; et comme cette procédure a pris énormément de temps, l’entreprise a dû abandonner le chantier sans en assurer le gardiennage.» Ils ont ensuite saisi la direction de la culture par courrier le 11 mars 2013. Aucune réaction. Ils ont essayé de contacter l’architecte des monuments et maître de l’ouvrage, au niveau de la même direction, mais là également il ne leur a été accordé aucune considération, disent-ils.

Ces propriétaires, en bons citoyens, disent respecter la loi 98-04 du 15 juin 1998, relative à la protection du patrimoine culturel, qui stipule dans son article 93: «Quiconque met les agents chargés de la protection de biens culturels dans l’impossibilité d’accomplir leurs fonctions ou qui y met des obstacles est puni conformément aux dispositions du code pénal.» Pour en savoir plus sur cet arrêt brusque du chantier de la maison de la famille Kherouatou, nous nous sommes rapproché de l’architecte des monuments auprès de la direction de la culture, qui s’est contentée de nous dire que «l’arrêt de ce projet est interministériel» et qu’ils ne sont pas «concernés»; ils ne peuvent donc pas signer un contrat de renouvellement, car avant, a-t-elle rappelé, c’était la cellule de la réhabilitation de la vieille ville de la wilaya qui s’en occupait.

«Nous avons voulu faire de cette maison un café littéraire mais les héritiers ne sont pas d’accord entre eux ; ils ont refusé car ils veulent en faire un lieu d’expositions pour l’artisanat», a précisé le directeur de la culture, Djamel Foughali, qui a ajouté : «De plus, sachant que c’est l’Etat qui finance la réhabilitation de cette maison, c’est aux propriétaires de prendre en charge le gardiennage des lieux !» Rappelons que très peu parmi les anciennes demeures inscrites à la réhabilitation ont été achevées, à l’instar de Dar El Arch au n° 28, rue Abdellah Bey (étude achevée, chantier à l’arrêt), Boubaâya, au n° 52, rue Mellah Slimane (étude achevée, chantier à l’arrêt), Dar Cheikh El Arab, au n° 93 (étude achevée, chantier en cours de reprise), le n° 94, rue Saïd Benchikou- ancienne manufacture de tabac- (étude achevée, chantier jamais lancé) et enfin l’immeuble datant de l’époque coloniale, sis au n°54, à proximité de la Medersa, rue Larbi Ben M’hidi (étude achevée, chantier à l’arrêt).                               

Categorie(s): constantine

Auteur(s): Yousra Salem

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