Révision constitutionnelle et nouvelle alliance présidentielle en perspective : Absence d’agenda et bouleversement en raison de la crise financière

Elwatan; le Jeudi 29 Octobre 2015
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Il y a plus de quatre ans que le président de la République a promis des réformes politiques, notamment une révision constitutionnelle, sans que ses promesses réitérées à tue-tête par ses relais politiques n’aboutissent. A quoi servirait donc une révision de la Loi fondamentale dans le contexte actuel, une année et demie après l’élection présidentielle d’avril 2014, qui a permis à Abdelaziz Bouteflika de rester pour un quatrième mandat ?

Revenir au principe de l’alternance pacifique au pouvoir en limitant le nombre de mandats présidentiels après l’avoir foulée au pied et plongé le pays dans une régression dangereuse ? Franchement, tel qu’il se présente, le projet ne revêt plus aucun enjeu. Il sera juste une date dans un calendrier, une fantaisie qui ornera une vie politique morne, sans relief, mais surtout sans bénéfice pour une ouverture démocratique qui a, en fin de compte, mal tourné.

S’il procède réellement à la révision de la Constitution, le pouvoir prendra-t-il le risque de le faire par voie référendaire ? Pas si évident. L’opération sera forcément coûteuse dans un contexte de grave crise financière et en contradiction avec l’austérité prônée par l’Exécutif. Mais pas seulement, le recours au référendum l’exposerait indéniablement à la désaffection d’une population qui n’a que faire d’une coquetterie politique qui n’aura aucun impact sur ses aspirations.

Se contentera-t-il alors de réunir les deux Chambres du Parlement pour valider à la sauvette un texte dont on ne sait qu’une seule chose : il intégrera la réconciliation nationale à la gloire du président Bouteflika ? La révision de la Constitution, que l’opposition ne considère pas comme la priorité de l’heure – elle revendique le retour aux urnes, des élections anticipées, et une transition démocratique – pourrait s’avérer, en effet, un échec certain pour les tenants du pouvoir qui surtout peineront à susciter l’adhésion des citoyens dans une conjoncture économique que les experts prédisent encore plus ardue l’années prochaine.

Ce sont, en fait, ces réalités et ces incertitudes qui agitent l’esprit du secrétaire général du FLN, Amar Saadani, et sa famille politique, qui tantôt menace l’opposition en disant qu’«il répondra aux dépassements par des dépassements», tantôt en l’invitant curieusement à rejoindre le front de soutien au «programme du Président». Si le secrétaire général du FLN s’inscrit préalablement dans un plan qui est logiquement celui d’une succession intra-muros à la présidence de la République, son insistance à regrouper le maximum de partis autour de sa formation et de son président, Abdelaziz Bouteflika, montre toute l’urgence d’aller vite en besogne. Aujourd’hui plutôt que demain, car personne ne peut prédire l’avenir.

D’aucuns connaissent le caractère aléatoire du quatrième mandat du chef de l’Etat, Amar Saadani plus que les autres. Le patron du FLN, qui parle aujourd’hui d’une candidature du parti à l’élection présidentielle de 2019 – peut-être avant – semble mettre le pied à l’étrier avant l’heure. L’agitation dont il fait montre est-elle symptomatique du malaise qui a atteint la sphère du pouvoir du fait de la grave crise financière qui touche le pays et qui aurait bouleversé, ou du moins gêné, certains plans ? Ou bien obéit-elle à un agenda dont lui seul détient les contours ?

Les sorties médiatiques du secrétaire général du FLN sont loin d’être fortuites. En assénant que celui qui veut devenir Président n’a qu’à attendre 2019, c’est-à-dire la fin du quatrième mandat du chef de l’Etat en exercice, Amar Saadani veut clairement donner l’assurance d’un régime qui, malgré tout, préserve sa sérénité. Mais est-il vraiment serein ? La mésentente avec le secrétaire général par intérim du RND, Ahmed Ouyahia, sur la forme que prendra l’alliance autour du Président, ne vient pas confirmer la symbiose au sommet de l’Etat.

La polémique entre les deux hommes sème un brin de doute sur une feuille de route qu’on croyait la même pour tous, surtout après la mise à la retraite du patron du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), Mohamed Médiène dit Toufik, qu’on disait «faiseur de Présidents». L’impasse politique induite par le quatrième mandat de Abdelaziz Bouteflika n’a visiblement pas montré tous ses effets. Les tenants du pouvoir veillent sur le territoire dans le désordre. Visiblement, ils n’ont pas un emploi du temps précis.
 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Said Rabia

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