Saïd Djaffar. Directeur de la rédaction du Huffington : Post Algérie Médias fragiles car dépendants

Elwatan; le Vendredi 23 Octobre 2015
1


Est-elle plus menacée aujourd’hui qu’hier ? Les menaces des officiels ne sont pas nouvelles. La répression fait partie de l’ADN du régime. Des anciens de l’hebdomadaire La Nation - dont je suis - pourraient rappeler que la répression était autrement plus lourde et radicale dans les années 1990 qu’aujourd’hui. Les médias algériens sont fragiles car dépendants. Même la publicité privée n’échappe pas, de manière directe ou insidieuse, à une gestion politique.

La fermeture d’El Watan TV est, outre un rappel à ces chaînes spécifiques, qu’elles n’existent que parce que le régime spécifique le veut, une volonté de réarmer les lignes rouges.

Elles avaient été franchies par un représentant périphérique qualifié du régime : Amar Saadani. On fait bouger aujourd’hui le curseur de la répression vers le haut pour signifier la fin de la récré. Rien de nouveau…

Question du jour : les médias et les journalistes ne sont-ils pas impliqués, volontairement ou par suivisme, dans un jeu où les thèmes et les «ennemis», surtout les «ennemis », sont désignés par le pouvoir ? L’enjeu pour les médias, comme pour les partis ou les syndicats, est celui de l’autonomie. Celle qui peut le faire passer d’instruments ou d’alibis, à celui d’institutions. Il n’est pas gagné.

Un coup de téléphone à l’ANEP et aux imprimeries et une bonne centaine de journaux ferme. Quant aux TV off-shore. Dans la gestion de la devanture, le curseur bouge de manière sélective : on frappe l’un pour faire rentrer l’autre dans le rang ou éliminer définitivement «l’ennemi». Rien de nouveau depuis le début des années 90. Dans la presse, un cliché est ressassé sur l’échec des partis, de l’opposition et des politiques. L’échec de la presse – notre échec – n’est pas abordé, on ne questionne pas sérieusement nos pratiques.

Par exemple, pour être dans l’actu, comment parler des «luttes de clans» sans prendre parti pour l’un d’eux ? Comment parler d’une fausse scène politique sans en faire partie, sans participer aux enfumages ? Bien sûr, il faut réagir quand le curseur de la répression bouge. Il faut aussi avoir l’abnégation de rappeler constamment que le régime dans son ensemble gère le curseur.

Cela pourrait nous aider à nous rappeler cette évidence perdue : la liberté de la presse n’est pas séparable de celle des citoyens.

Categorie(s): actualité

Auteur(s):

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..