Sid Ahmed Benraouane. Secrétaire général du CAA à Dubaï : «Le problème de l’investissement en Algérie est le climat des affaires»

Elwatan; le Dimanche 25 Octobre 2015
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Comment voyez-vous le rôle du conseil en tant que lien avec le pays d’origine et sa contribution à relever les défis auxquels fait face l’économie algérienne ?

Notre mission au conseil est simple : servir de plateforme qui permettrait aux entreprises algériennes attirées par le marché des Emirats et les investisseurs étrangers intéressés par le marché algérien, de développer des opportunités d’affaires. Nous agissons en tant que centre de ressources pour orienter, connecter et aider ceux et celles qui sont au stade de l’exploration du marché.

Notre ambition est d’aider les porteurs de projets à identifier les opportunités d’affaires, et à les soutenir dans leur stratégie de pénétration du marché aussi bien en Algérie qu’à Dubaï.

Nous avons créé ce conseil il y a quelques mois, même si l’idée germait depuis longtemps, justement pour aider l’entreprise algérienne à faire face aux contraintes de la conjoncture économique actuelle. On sait que la concurrence dans cette économie mondialisée est rude ; elle requiert un savoir-être, un savoir-faire et un savoir-agir que malheureusement la mentalité managériale de la rente n’a pas enseigné au manager algérien.

Le manager algérien, pendant longtemps, était protégé par des lois et des pratiques de gestion qui ne le forçaient pas à chercher la créativité et l’innovation ; sa posture est devenue celle d’un fonctionnaire. Notre but, au conseil, est, justement, d’accompagner les entreprises algériennes qui souhaiteraient se faire connaître à Dubaï, à développer une stratégie de pénétration sur la base de ce qui se fait dans le monde développé.

Nous travaillons aussi sur un autre volet important : «le marketing de l’Algérie».

L’Algérie, qui dispose d’un potentiel hors hydrocarbures énorme, n’est connue dans le monde que par ses clichés classiques. Nous nous sommes donnés comme mission de faire connaître le potentiel de l’Algérie aux investisseurs étrangers.

Les autorités algériennes ont pris des mesures dans le cadre de la loi de finances 2016 pour redresser l’économie et créer une richesse hors hydrocarbures. A la lumière de votre expérience aux Etats-Unis et à Dubaï, quelles observations pouvez-vous faire ?

Les dernières initiatives sont louables mais restent insuffisantes. Le problème de l’investissement en Algérie et le climat des affaires en général, ce n’est pas dans les lois, mais dans l’application de ces lois. Je m’explique : il y a un fossé entre ce qui se dit et ce qui se fait dans la pratique par ceux et celles qui sont tenus d’appliquer ces mêmes lois.

Les psychologues américains appellent cela la «cognitive dissonance», concept qui explique le double langage et le décalage entre ce qu’un manager exprime comme idée théorique et ce qu’il ou elle fait sur le terrain. Le problème du climat d’investissement réside essentiellement dans la mentalité de ceux et celles qui représentent les pouvoirs publics et sont tenus de mettre en œuvre ces lois.

Ce que peuvent apporter nos compétences nationales, bien imprégnées dans la culture de management de nos temps dans des pays développés, est un savoir managérial, moderne et intelligent. Les membres de notre conseil dirigent des entreprises dans divers secteurs et sont aptes à partager leur savoir et leurs compétences avec l’administration algérienne surtout en matière d’intégration des nouvelles technologies dans la gestion de l’administration publique.

La ville de Dubaï, par exemple, a fait un pas énorme dans le domaine de l’administration électronique. Le «smart government» à Dubaï est devenu une réalité qu’on vit, car vous pouvez régler toutes vos factures on line, dédouaner une marchandise à partir de chez vous et déclarer un constat d’accident de voiture sur un smartphone, et ce, sans attendre la venue de la police.

Ces services on line peuvent économiser à la société énormément de coûts, d’efforts, d’argent et surtout de stress et de mécontentement. Je dirais même que le premier gagnant d’une administration on line, ce n’est pas le citoyen mais l’administration qui devient une administration acceptée et respectée.
 

Categorie(s): economie

Auteur(s): Zhor Hadjam

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