Statistiques ethniques : Yazid Sabeg crée la polémique

Elwatan; le Lundi 16 Mars 2009
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Yazid Sabeg est parti d'un constat : «Les discriminations qui ont trait aux caractères ethniques ont atteint un niveau insupportable» et selon lui, «il faut les mesurer pour les combattre». Le commissaire à la diversité a pris ses précautions en présentant son projet et n'entend pas classer les personnes interrogées dans des catégories ethno-raciales comme cela se fait aux Etats-Unis, mais les questionner sur leur sentiment «d'appartenance à une communauté».
Paris : De notre bureau

Pour tenter de désamorcer la polémique, Yazid Sabeg a désigné un «comité de réflexion» présidé par François Héran, directeur général de l'Ined, qui présentera ses recommandations avant l'été. Pour l'un de ces chercheurs, le sociologue Michel Wieviorka, par ailleurs président du conseil scientifique du Conseil représentatif des associations noires (Cran), un principe paraît acquis : la mesure de la diversité ne pourra se faire que sur une base anonyme, auto-déclarative et facultative.
Elle ne pourra déboucher non plus sur la constitution de fichiers.
«Beaucoup d'études sont déjà possibles. On sait par exemple, sur la base d'études ponctuelles ou de sondages, combien il y a de juifs ou de Noirs en France.» Par exemple, le sociologue Eric Cohen, qui a établi qu'il y a un peu plus de 500 000 juifs en France, s'est fondé sur plusieurs données, notamment sur la méthode onomastique on cherche dans les annuaires qui a un nom juif et on recoupe avec d'autres informations, comme celles fournies par des associations. Le Cran a également, sur la base de sondages, estimé la population noire en France ou encore le mensuel Têtu a fait évaluer le nombre d'homosexuels. «Le paysage est pour le moment flou et complexe. Nous allons d'abord essayer d'inventorier les pratiques, d'évaluer les risques dont nous sommes conscients et d'établir des garanties, par exemple en cryptant un certain nombre de données. Nous avons l'idée d'obtenir le plus grand consensus possible. Nous sommes tous républicains.

Simplement, la question-clé c'est de savoir si l'idéal républicain doit accepter ou non de mesurer l'écart qui le sépare de la réalité. Si cet idéal refuse toute mesure, alors c'est un idéal vide qui aura une réalité incantatoire, mais on restera incapable d'apprécier réellement les choses», prévient François Héran. Toutes ces précautions ne convainquent pas les opposants aux statistiques ethniques.
Les réactions au projet de Yazid Sabeg sont pour la plupart hostiles. Patrick Gaubert, le président du Haut conseil à l'intégration, s'est déclaré «opposé à toute mesure à caractère ethnique de la population» et «favorable à la mesure de la diversité en fonction du patronyme et du lieu de naissance, qui ont fait leurs preuves jusqu'ici sans susciter de vagues». Moins nuancé, SOS Racisme y voit un encouragement au communautarisme. «La fragilité de vivre ensemble et la gravité des discriminations dans notre pays rendent la question de la cohésion nationale fondamentale. A ce titre, la dynamique communautariste contenue dans les propos de M. Sabeg n'est pas acceptable, aussi bien au niveau des effets à en attendre (fragmentation de la société,…) que des principes qui la sous-tendraient (à savoir le remplacement de la recherche de l'égalité entre les individus par la recherche d'un équilibre entre les communautés).» Yazid Sabeg se retrouve privé de relais politique.

Le parti présidentiel est très sceptique. Il a été lâché par Jean-François Copé, le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale. Pour lui, les statistiques ethniques sont inutiles. «Est-ce qu'on a besoin de ça, par exemple, pour améliorer la mixité sociale dans les quartiers ? Non. Est-ce qu'on a besoin de ça pour former plus de candidats (issus de la diversité, ndlr) aux élections ? Non. Est-ce qu'on a besoin de ça pour réorganiser la composition dans les écoles par quartier ? Non. Il y a beaucoup de mesures qu'on peut prendre sans ces fichiers, qui posent d'autres problèmes.»
Le commissaire à la diversité a-t-il le soutien de Nicolas Sarkozy ? Le président français, qui était favorable aux statistiques ethniques, demeure dans un silence prudent.

Categorie(s): france-actu

Auteur(s): Rémi Yacine

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