Tazmalt : «Arracher des carottes c’est notre spécialité»

Elwatan; le Dimanche 15 Mars 2009
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Ils sont venus des communes de Aïn F’kah et Had S’hari, dans la wilaya de Djelfa. Ce sont 13 jeunes qui ont entre 16 et 26 ans. Leur travail, arracher les carottes. Rien que cela ? «C’est notre spécialité, oui. Arracher les carottes. Beaucoup de jeunes dans notre commune font ce boulot un peu partout dans le pays.
A Djelfa, les terres agricoles existent mais les moyens ne suivent pas» nous répond le chef d’équipe. Après avoir récolté des carottes à Biskra, ils ont atterri dans une exploitation agricole privée sise à proximité de la RN26, à la sortie nord de Tazmalt. Avec des bêches à deux pointes, ils «déterrent» les carottes qu’ils mettent dans des sacs à une cadence effrénée. Ils disent qu’ils commencent l’arrachage de 7h du matin à 18h. Ces jeunes paysans sont payés 40 DA le sac rempli qui pèse environ 45 kg. «40 dinars c’est trop peu pour nous, il faudrait au moins 60 DA» déplore un sympathique jeune homme qui travaillait d’arrache-pied pour récolter davantage de carottes afin d’augmenter le nombre de sacs. Ces jeunes remplissent, selon leurs dires, en moyenne 20 sacs par jour. Ce qui leur ferait un bon pactole pour un mois. Cependant, ils se disent lésés dans leur droit de fait qu’ils ne bénéficient pas de l’assurance sociale. Ils travaillent au noir. Pourquoi n’exposent-ils pas ce problème à leur employeur ? «Nous ne pouvons pas le faire parce qu’il licenciera sur le champ celui qui osera protester. Nous tenons le mal ainsi» nous dit le chef de ce groupuscule. L’employeur, qui se trouverait à Alger, est un grossiste qui ne travaille que des carottes. Il loue des terres agricoles, les fait semer et fait récolter le fameux légume orangé. Chaque jour dans cette exploitation, les jeunes fellahs récoltent près de 60 quintaux de carottes par jour. Ces quantités sont acheminées vers Bordj Ménaïl pour être lavées par des machines spéciales, et acheminées par la suite aux marchés de Tizi Ouzou, Boufarik et tant d’autres. A la question de savoir pourquoi le prix de la carotte a grimpé jusqu’à 50 DA ces jours-ci dans les marchés locaux notre interlocuteur dira que «c’est à cause de la fin de la récolte des carottes au niveau de la wilaya de Biskra, ce qui a induit un manque qui s’est répercuté sur les prix».

A la question de savoir leur destination prochaine, après avoir tout arraché, le même interlocuteur répondra : «A Bordj Ménaïl puis à Mouzaïa (Blida). Nous avons déjà travaillé à Sétif, Skikda, Mila et dans bien d’autres localités. C’est notre gagne-pain, nous faisons cela toute l’année car les carottes sont récoltées durant les quatre saisons». Ces sympathiques personnes, qui gardent le sourire en dépit de tout s’abritent dans un taudis sis à quelques centaines de mètres de là. «Les conditions d’hébergement sont difficiles, avouent-ils, heureusement que nous ne sommes que des transitaires». «Nous sommes aguerris en tout cas» finissent-ils par se résigner.
Dans quelques jours toutes les carottes auront été arrachées et céderont leur place aux melons et aux pastèques l’été prochain.

Categorie(s): bejaia

Auteur(s): A. Yahiaoui

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