Temmar et les plans à rebrousse-poil

Elwatan; le Jeudi 12 Mars 2009
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Abdelhamid Temmar en a pris encore une fois pour son grade. Le Premier ministre a détruit sa stratégie industrielle mais surtout démoli son image de super ministre inutile !

«Pour cette stratégie industrielle, je vais être brutal : elle a fait l'objet beaucoup plus de communication que d'action et n'a jamais été adoptée en Conseil des ministres.» Voilà le genre de volets de bois qu'un responsable digne de ce nom ne souhaite pas recevoir de la part de son supérieur, parce qu'il ne pourrait plus le regarder dans les yeux. Mais cela est valable sous d'autres latitudes…
Abdelhamid Temmar, qui est passé en dix ans de pouvoir économique, maître de la politique spectacle et des effets d'annonce, va sans doute se remettre de cette douche écossaise de son chef. Il est peut-être un casseur des dynamiques de développement, mais il est aussi un bon encaisseur de coups. Il sait qu'il ne risque rien une fois passée la tempête discursive du président. Combien de fois a-t-il été sermonné par Bouteflika et en «live» pour ses déclarations, ses décisions et ses déraisons économiques ? Cet homme qui a qualifié les entreprises publiques de «quincaillerie» et inventé une foultitude de formules aussi creuses que pompeuses comme «le tout privatisable», «la stratégie hors hydrocarbures», «la mise à niveau», «les assises», n'a fait que tourner en rond. L'Algérie économique qu'il pilote depuis 2000 navigue encore à vue, sans perspective et sans visibilité.

Le président Bouteflika, qui le tance à chaque fois, a dû reconnaître en juillet 2008 «qu'on s'est trompé et qu'on s'est cassé le nez». La balle du président a bien ciblé Temmar dans son discours devant les maires, mais elle est passée à côté.
Le ministre chargé de la Promotion de l'investissement fait figure de chat noir du gouvernement qui a cette agilité de retomber toujours sur ses pattes. Il sait peut-être que les effets de manche du président ne sont valables que le temps d'un discours. La preuve ? Malgré un «CV» aussi catastrophique que famélique en dix ans de responsabilité, M.Temmar est encore là, contre vents et marées. Et pour meubler son temps et faire croire qu'il met du cœur à l'ouvrage, notre ministre s'improvise des tournées de «repérage» en France pour soi-disant capter ces fameux IDE et vendre la destination Algérie. Entre temps, M. Temmar nous sort des nouveaux sigles pour emballer une fausse stratégie.
Il a ainsi décidé de «requalifier» les sociétés de gestion des participations (SGP) pour en faire des sociétés de partenariat privatisation (SPP). Ce petit glissement de sigles a curieusement donné naissance à une «nouvelle configuration du secteur public marchand» ! M.Temmar voulait sûrement mettre sa machine à fabriquer les sigles et les feuilles de route en phase avec sa nouvelle «stratégie industrielle» dont on ne connaît pas grand-chose. Le coup de gueule de Ouyahia d'hier en fait foi en l'occurrence. En réalité, ce ministre atypique propose rien moins qu'un nouvel emballage à un produit ancien et qui plus est en mévente depuis très longtemps… Après toutes ces années de monopole du pouvoir économique, M. Temmar nous propose en guise de bilan une «stratégie industrielle» dont son Premier ministre ne connaît même pas la fiche technique.
Sans le vouloir, peut-être, Ahmed Ouyahia a levé hier une partie du voile sur le vrai bilan du président Bouteflika. En gardant M. Temmar à ses côtés, malgré son tableau de bord noirci de ratages, le candidat président assume ipso facto la facture du bricolage. Il serait donc logique de verser la gestion de Temmar dans la rubrique des «injazates» de Bouteflika pour un vrai solde tout compte.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Hassan Moali

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