Terre d’accueil pour les uns, raison de l’exil pour les autres : L’Algérie ou le paradoxe du phénomène migratoire

Elwatan; le Lundi 26 Octobre 2015
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L’Algérie qui exporte des migrants est également une terre d’accueil pour des milliers de personnes fuyant la misère et la guerre en Afrique et dans certains pays arabes. Le paradoxe d’un pays incapable de retenir ses enfants quand les enfants des autres viennent y chercher qualité de vie et sécurité et ils sont de plus en plus nombreux à le faire.


État des lieux

Le haut Commissariat aux réfugiés dénombrait au premier janvier 2015 plus de 97 000 individus entre réfugiés et demandeurs d’asile dont une majorité (90 000) de réfugiés sahraouis. L’organisme onusien fait état, cependant, d’un nombre croissant de «cas individuels de réfugiés et de demandeurs d’asile en provenance des pays de l’Afrique subsaharienne et les personnes qui ont fui les crises au Mali et en Syrie». Quelque 2200 demandeurs d’asile syriens étaient enregistrés au début de l’année.

Leur nombre devrait atteindre 3000 d’ici la fin de cette année. Parallèlement, plus de 6000 demandeurs d’asile algériens ont été recensés en 2014 en Europe, selon l’organisme européen des statistiques (Eurostat) et entre 15 000 et 17 000 Algériens en situation illégale ont été enregistrés annuellement ces six dernières années. (Graphe 2).   

 
Le rêve

Qu’ils soient rentrants ou sortants, les flux migratoires ne sont pas propres à l’Algérie. «Le désir de migration chez les jeunes n’est pas spécifique aux Algériens, mais devrait être interprété plus comme désir de mobilité», estime le directeur de recherche au Cread, Nacereddine Hamouda.

Si la recrudescence des conflits armés en Libye, en Syrie et au Mali par exemple a accentué les demandes d’asile politique, les raisons économiques ont souvent été à l’origine de ces flux. Kamel Kateb, chercheur à l’Institut national d’études démographiques de Paris, notait dans une étude datant de 2005 que «la crise économique doublée d’une crise politique ont enclenché de nouvelles dynamiques migratoires». «Le problème du marché de l’emploi, le chômage des jeunes et l’absence d’un projet de développement global et cohérent» risquant d’être «une donnée permanente de la société algérienne», prévenait-il.

Cinq ans plus tard, l’économiste Rafik Bouklia-Hassane, dans une autre étude sur le phénomène migratoire, observait que l’intensité des flux migratoires «est étroitement liée à l’écart du taux de chômage entre l’Algérie et les pays potentiels de destination», de même qu’à la différence de revenus.

En outre, l’augmentation du chômage des diplômés aurait tendance à incliner le mouvement migratoire vers «une accentuation de la fuite des cerveaux». Le siphonage du capital humain est considérable mais tendrait à ralentir.

Selon les données de l’OCDE, le taux d’émigration des Algériens avec un haut niveau d’éducation est passé de près de 15% en 2000 à moins de 13% en 2006, alors même que le nombre d’émigrés ayant un haut niveau d’éducation a augmenté de près de 20%. Autrement dit, le nombre d’Algériens ayant de hauts niveaux d’études croit beaucoup plus vite que la part d’entre eux pouvant émigrer.

Pour les Algériens qui réussissent leur projet, les chiffres montrent que les trois quarts des permis de résidence octroyés en Europe le sont pour des raisons familiales, à peine 15% pour des raisons d’éducation et seulement 7% pour exercer une activité économique.

Réalité amère

La recherche d’une qualité de vie et de meilleures perspectives semble être le leitmotiv de tous les migrants, algériens ou pas. Cependant, la réalité du terrain est souvent différente.

En 2014, plus de 20% des Algériens en situation irrégulière en Europe ont été reconduits aux frontières, les deux tiers l’ont été de force, alors que ceux dont on a refusé l’entrée ont été multipliés par 2,5% depuis 2008.

Pour les migrants en Algérie, la situation n’est guère meilleure. L’Organisation internationale des migrations indiquait après un sondage effectué auprès de 2000 migrants subsahariens que plus de 80% d’entre eux restent moins d’un an en Algérie. Sur les 17 nationalités africaines recensées, seulement quatre ont choisi l’Algérie comme destination finale.

Pour 6% d’entre eux, la mendicité est la principale source de revenu, 40% ont travaillé comme ouvrier, et 22% comme artisan (bâtiment). Selon le document, les migrants font état de conditions de vie difficiles et parfois dangereuses faites d’abus, de menaces et de privations. Si le constat visuel permet de voir que leur nombre a augmenté, il reste difficile de le déterminer avec précision.

Pour Nacer Hamouda, «plus que jamais un observatoire national sur les flux migratoires s’impose, faute de quoi nous nous contenterons de spéculations».

En attendant, l’Algérie se retrouve devant la double difficulté de donner des réponses à la hauteur d’une société de plus en plus exigeante qu’à une population de migrants aspirant à sortir de la précarité.
 

Categorie(s): economie

Auteur(s): Safia Berkouk

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