Timimoun racontée par une artiste

Elwatan; le Dimanche 23 Mai 2010
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D'aucuns estiment que le désert de manière générale et Timimoun en particulier sont le territoire de l'inspiration, de la méditation et de la quête introspective et, qu'à ce titre, «l'Oasis rouge» serait la «muse des artistes».
D'ailleurs, nombre de plasticiens, d'écrivains et autres cinéastes vont s'y réfugier. Y chercher une certaine atmosphère propice à la retraite créatrice.
Nous avons sollicité une artiste (dont nous nous garderons de citer le nom) qui est l'une des premières à s'être installée à Timimoun, afin qu'elle nous parle de son expérience saharienne. Elle nous a aimablement gratifiés de ce témoignage : «J'ai été pour la première fois à Timimoun et Adrar pour m'y installer, alors que j'avais 25 ans. Sac à dos, du militantisme et de la remise en question de tout plein la tête. Si je dois me poser la question aujourd'hui pourquoi j'ai quitté le Nord, ma famille, mon amoureux et mes amis pour aller dans le désert, je crois que la seule réponse qui trotte dans ma tête, c'est : ‘‘la nécessité d'un déplacement’’. J'avais besoin à l'époque de comprendre les profondeurs de mon pays. Quête personnelle…Et je ne m'étalerai pas là-dessus. Besoin aussi d'écrire...

Et j'ai beaucoup écrit. Après toutes les années de découvertes, le désert est devenu ma principale résidence. Après un passage à Tunis, un autre à Paris, j'ai fait le tour professionnel de l'Europe... Bref, je reviens depuis trois ans m'installer définitivement. De ma terrasse, je regarde tous les jours l'océan de dunes du Grand Erg occidental. J'en ai besoin… Et je vois arriver des jeunes, des moins jeunes, des retraités qui veulent s'installer. Pourquoi ? Eux me posent la question : ‘‘Comment vis-tu ici ? Que trouves-tu de bien dans cette poussière ?’’ Je leur pose des questions à mon tour… Mais ceux qui m'intéressent, ce sont les cuisiniers kabyles des fast-foods , les vendeurs de téléviseurs et de frigos sétifiens, les jeunes de Médéa, de Mascara, de M'sila, qui viennent chercher du travail et qui ne comprennent pas pourquoi je suis là. Pour eux, ils ne sont là que pour ramasser un peu d'argent et ouvrir une boutique dans leur village. Mais ils s'installent pour longtemps. Plus tard, à force de dialogue, j'ai compris qu'ils cherchent un peu de tranquillité, un certain silence, de l'anonymat, un lieu pour rêver tranquillement à une vie meilleure. Timimoun, Adrar, Reggane, Aoulef sont des régions que je connais bien, car j'y ai travaillé à l'époque et, aujourd'hui, j'y reviens. Je ne sais pas si le désert est la solution. C'est ma solution à moi en tout cas ; une solution, pas à l'encombrement des villes, mais une solution à une quête d'espace. Ce serait trop long à raconter. Aujourd'hui, je me sens complètement de Timimoun, une habitante des dunes et la poussière ne me dérange pas, encore moins les vents de sable. Rien ne m'a étonnée, comme si j'avais toujours rêvé de cette vie-là. Le temps, les gens, les personnes que je connais depuis 17 ans sont ma deuxième famille. Je fais partie du décor...»

Categorie(s): reportage

Auteur(s): Mustapha Benfodil

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