Tribunal criminel de Annaba : 10 ans de prison pour trois Algériens accusés d’espionnage

Elwatan; le Samedi 9 Avril 2011
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Pour trahison au profit de l’Etat français et soutien à un groupe terroriste, le président du tribunal criminel près la cour de Annaba a condamné Boucharma Khemissi, 41ans, Heroual Réda, 29 ans, tous deux ex-militaires, et Oulkima Nacereddine, 44 ans, informaticien et ingénieur en génie civil, à 10 ans de prison ferme. Accusée de non-dénonciation de crime, la sœur de Réda, 32 ans, a, quant à elle, écopé de 6 mois de prison avec sursis. Dans son réquisitoire, le représentant du ministère public a requis à l’encontre des 3 mis en cause la peine capitale et 5 ans de prison ferme pour la fille.

Cette sombre affaire d’intelligence avait éclaté, selon l’arrêt de renvoi, le 12 juillet 2009, lorsque Khemissi, un ex-militaire habitant la commune d’El Besbes, s’est présenté à la sûreté de wilaya d’El Tarf pour dénoncer qu’il est espion à la solde des services de renseignement français. «Je me suis dénoncé après l’évocation à l’époque par la presse algérienne de l’affaire de l’assassinat des moines de Tibhérine», avait-il déclaré à la police judiciaire du DRS, en charge d’enquêter sur cette affaire, peu anodine. Boucharma n’agissait pas en solo. Il avait dénoncé ses acolytes – son oncle Oulkima Nacereddine et Heroual Réda – qui avaient été enrôlés depuis janvier 2006 par les services français. Il avouera également qu’il avait espionné et fourni des renseignements documentés à ce diplomate qui est en réalité un attaché militaire.
Le premier contact avec ce dernier avait eu lieu dans un café à Ben M’hidi (El Tarf), en janvier 2006, dont un accord a été scellé. Les deux Algériens s’engageaient alors à fournir tous les renseignements demandés en contrepartie d’un visa et une résidence permanente en France. Pour le convaincre, les deux ex-militaires espions avaient remis au Français leurs photos en uniforme de l’ANP avant d’être fichés et d’apposer sur deux feuilles blanches leur blanc-seing.


Marché conclu. Engagés, ils avaient eu instruction par le vice-consul de fournir toutes les informations et les renseignements sensibles. La première étape consistait à photographier tous les sites sensibles ayant trait à la sécurité du pays. Ainsi, la présidence de la République, le ministère de la Défense nationale, celui de la Communication, la direction générale de la Sûreté nationale, la prison de Serkadji, les sièges des  4e et 5e Régions militaires, la caserne des troupes aéroportées de Biskra, le cantonnement militaire d’El Allelik de Annaba, le réacteur nucléaire de Aïn Ouessara, la caserne du groupe d’intervention rapide (GIR) d’El Hadjar (Annaba) et le centre de formation administrative de Guelma, de tous ces sites, des photos ont été prises et remises à Patrice Maton.  A la seconde étape, le barbouze français avait instruit ses recrues de se renseigner sur l’un des gardes du corps du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, et de lui transmettre de nouvelles photos sur l’intérieur du siège de la présidence de la République.

Mission accomplie. Cependant, les deux parties avaient jugé que les rencontres à l’extérieur étaient risquées.  C’est au siège du consulat que désormais se faisaient les contacts. En effet, à la première rencontre dans la chancellerie française de Annaba, les deux espions avaient remis les photos enregistrées sur carte mémoire de téléphone mobile en contrepartie de 40 000 DA. Une autre mission consistait en la collecte de renseignements sur un expatrié russe travaillant à la caserne militaire d’El Allelik dont les informations devaient être transmises via internet. Pour ce faire, un PC portable de marque Toshiba leur a été remis par le consulat français. C’était à ce moment qu’Oulkima Nacereddine – le fiancé de la sœur de Heroual Réda – fut recruté. Après s’être acquitté de cette tâche, Oulkima gravait sur des CD les documents avant de les transmettre par courriel à l’attaché militaire français.


Quelques semaines après, Nacereddine avait doublé ses complices en remettant le PC à son ami Moualeh Salah – un terroriste recherché par les services de sécurité de Souk Ahras. H. S. était bel et bien au courant des activités de son futur mari dont elle a gardé le secret sur ce crime de haute trahison. En 2007, ordre a été donné au groupe pour photographier la raffinerie et les casernes de Skikda, les barrages fixes établis sur les routes de cette wilaya ainsi que la caserne de Souk Ahras.
A Constantine, c’est le commandement régional de la Gendarmerie nationale qui avait été pris en photo avant que les espions ne soient instruits de s’intéresser à la première brigade blindée de Téléghma.
Même des photos de la résidence de Djenane El Mithak figuraient sur l’ordre de mission des espions algériens. Les déclarations de l’ensemble des accusés, à quelques détails près, concordent, tous reconnaissent avoir trahi leur pays au profit de l’Etat français. La marge de manœuvre de la défense pour disculper ses mandants étaient minimes devant la multitude des preuves soumises au juge qui, non convaincu, a condamné les 3 espions algériens à des peines de prison ferme. 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Mohamed Fawzi Gaïdi

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