Tyrans et occupants, quelle différence ?

Elwatan; le Mardi 21 Fevrier 2012
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Le film coproduit par l’acteur espagnol Javier Bardem n’avait pas la prétention de décrocher la plus haute distinction du Festival du cinéma de Berlin, mais il se voulait avant tout un témoignage sur la situation faite au peuple sahraoui. C’est un message fort adressé à l’opinion internationale dont le regard est parfois voilé, détourné et même conditionné en raison du black-out imposé sur des sujets qui ne manquent ni de gravité ni de pertinence. Au total, doit-on constater, il n’y a pas que ce qui est rapporté, l’actualité internationale étant malheureusement bien fournie en cas d’injustices, comme c’est le cas du peuple du Sahara occidental.

Ou encore du peuple palestinien. Il ne s’agit pas de reprocher aux uns et aux autres leurs positions sur des massacres bien réels qui révoltent l’opinion internationale, mais il faut, à l’inverse, relever ce qui n’a pas été fait. Le droit de veto, plus qu’une simple aberration, est une injustice faite aux peuples qui se battent pour leur liberté. Que dire aussi de cette règle dite de consensus ? Par rapport à quoi et par rapport à qui, surtout si l’on considère que dans le cas du Sahara occidental, aucun des quinze membres du Conseil de sécurité de l’ONU ne s’oppose aux référents, comme la résolution 1514, et le droit du peuple à l’autodétermination.

Le film de l’acteur espagnol soulève aussi des questions pertinentes comme le fait que la Mission des Nations unies pour l’organisation du référendum au Sahara occidental (Minurso) soit privée de mandat pour faire respecter les droits de l’homme, alors que les forces d’occupation marocaines se livrent à des violations graves et répétées, l’occupation étant par essence la première d’entre elles puisqu’un peuple est privé de liberté. Une question plutôt gênante pour tous ceux qui n’arrivent pas à aller au-delà de leurs discours et à mettre en œuvre en tous lieux les principes qu’ils énoncent.

Pendant la présentation de ce film-témoignage, le Parlement européen donnait son feu vert à un accord commercial visant à libéraliser davantage les échanges commerciaux agricoles entre l’UE et le Maroc. Les Marocains en sont contents. Déception et colère par contre des Sahraouis, pour qui l’accord en question n’est valable du point de vue du droit international que s’il spécifie l’exclusion du territoire du Sahara occidental. Les Etats-Unis rappelle-t-on, ont exclu le territoire du Sahara occidental de l’accord de libre-échange conclu en 2005 avec le Maroc.    

Tyrans et occupants ont le même profil. Les uns et les autres n’aiment pas les libertés, sauf celles que eux prennent avec les peuples sous leur domination. C’est pourquoi ils sont aussi condamnables les uns que les autres et doivent être combattus avec la même vigueur. Une question de justice et rien d’autre. Autrement, le combat serait incomplet, jamais achevé et parfois même frappé de suspicion. Une légitime suspicion.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Mohammed Larbi

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