Un homme de consensus

Elwatan; le Mercredi 4 Decembre 2013
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Pour résoudre de graves crises politiques – et morales – les nations modernes ont généralement recours à un leader, dit «de consensus», en mesure de faire la synthèse entre les différentes sensibilités politiques et de hisser l’intérêt national au-dessus des querelles et des appétits des partis et des groupes d’intérêt. L’Algérie n’est jamais passée par cette voie royale, hormis les courts épisodes de Mohamed Boudiaf et de Liamine Zeroual, hommes d’Etat sollicités pour leur charisme en vue d’apporter des réponses à la période exceptionnelle du terrorisme. Assassiné, le premier n’eut pas le temps d’aller au bout de son expérience qui s’annonçait prometteuse. Le second jeta assez vite l’éponge, s’estimant trahi par ceux-là mêmes qui l’avaient approché.

Deux chefs d’Etat ont été portés à la tête du pays en recourant à la force militaire qu’ils contrôlaient auparavant. Ben Bella écarta ou marginalisa les forces politiques qui menèrent le combat anticolonialiste avant d’être lui-même renversé par Boumediène, qui installa un pouvoir personnel appuyé par l’appareil du FLN, qui ne ressemblait plus au parti qui conduisit la guerre de Libération. Chadli Bendjedid fut en quelque sorte un homme de «consensus», mais seulement des militaires entre eux.
Ecartant les deux dauphins de Boumediène qui se disputaient sa succession – Bouteflika et Yahiaoui – les colonels de l’époque l’avaient choisi pour son âge, le plus élevé dans le grade. Les civils n’eurent pas droit à la parole et, au demeurant, le parti FLN et la Sécurité militaire avaient balayé toute opposition politique organisée et toute contestation populaire.

Ce n’est qu’après une décennie – et une insurrection populaire – que Chadli comprit qu’il fallait s’ouvrir à la société, ce qu’il fit timidement. Bouteflika fut rappelé aux affaires bien avant qu’il ne soit intronisé en 1999. Appuyés par divers hommes politiques et l’appareil du FLN en quête de leader, les militaires, toujours eux, à l’origine de ce choix firent peu cas des hostilités et des protestations de l’opposition.
L’expression «homme du consensus» fut mise en avant à cette époque pour brouiller les cartes. Bouteflika ne représentait en réalité que ceux qui l’avaient sponsorisé. La meilleure preuve fut le retrait fracassant des candidats les plus sérieux lors du scrutin d’avril 1999. Aujourd’hui encore, on ressort cette vieille ficelle «d’homme du consensus» pour le remettre sur les rails de l’élection de 2014, alors qu’il est rejeté par toute l’opposition, y compris par une partie de celle qui le soutenait durant la décennie 2000. Son seul appui reste l’appareil du FLN, sclérosé et englué dans les luttes intestines, ainsi que quelques formations partisanes opportunistes, sans ancrage populaire. Cette fois-ci, les militaires sont partagés, voire divisés sur son éventuelle candidature.

La conviction de plus en plus partagée au sein de l’institution militaire, comme d’ailleurs de toute l’opposition, est que Bouteflika, au-delà de sa maladie, ne peut plus être l’homme de la situation à partir de 2014. Parce qu’elle devra faire face à de nouveaux défis bien plus terribles que ceux des années passées, l’Algérie a besoin d’un nouveau leader, non arrimé à un système corrompu et oppresseur. Et qui soit le produit d’un vrai «consensus national», c’est-à-dire accepté et reconnu par l’ensemble des forces politiques et civiles du pays et qui lui reconnaissent la capacité à gouverner dans la concertation, le dialogue et la transparence. Cet homme-là existe, évidemment. Il s’agit de faire appel à lui et de se rassembler derrière lui.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Ali Bahmane

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