Un kilo pèse un kilo

Elwatan; le Jeudi 3 Janvier 2008
1

Kilos, voire quintaux de culture durant cette année 2007 où Alger fut la onzième capitale de la culture arabe.
Sentiment d’overdose, avions-nous confié à Khalida Toumi, ministre de la Culture. Sentiment relatif, c’est certain, car fondé sur des années de soif. Le beaucoup peut-il engendrer le beau ? Vaste question qui n’empêche pas de considérer la reprise de la production culturelle et le fait que de nombreux artistes aient pu travailler. Etroite question pour tous ceux qui n’ont pu y participer, compte tenu qu’il est effectivement impossible que tous soient retenus. Question simple aussi, liée à l’attente des créateurs et des publics d’une culture qui ne soit pas mariée à vie aux conjonctures et célébrations. L’art est une respiration quotidienne. C’est ce qu’affirme aussi la première responsable du secteur en prenant des engagements formels (voir suite interview p. 24). Dont acte, comme disent les notaires et les dramaturges.
Kilo, c’est le nom de famille d’un écrivain syrien, Michel de son prénom, qui vient peser sur le lancement de Damas, capitale de la culture arabe 2008, en relais à Alger. En prison pour trois ans pour avoir signé en 2006, la Déclaration dite de Damas, il est défendu par un autre écrivain syrien, Ibrahim Hadj Abdi, qui voudrait croire «aux belles promesses» des organisateurs de l’évènement si «seulement, elles avaient été accompagnées d’efforts pour libérer l’un des plus importants intellectuels syriens». Il s’en prend dans la foulée aux «festivités éphémères de la culture», rejoint en cela par la romancière Samar Yazbek et d’autres envers un programme alléchant qui annonce notamment un concert historique de Faïrouz et des rencontres avec des «têtes» comme Noam Chomsky ou Milan Kundera. Kilo renvoit aussi au titre du film Abou Ghraïb et kilo 160 de l’Irakien Jamil Al Nafs qui n’a obtenu que le 2e prix du Festival international de Baghdad, devancé par La danse, art de rencontre, œuvre d’une chorégraphe française, Dominique Hervieu. Volonté de souligner l’ouverture d’esprit des Irakiens ? Leçon de civilisation ? En tout cas, comment ne pas saluer cette manifestation biennale, tenue pour la deuxième fois dans les conditions épouvantables que l’on sait, avec 63 films, pour la plupart des courts métrages de fiction ou documentaires, dont 27 Irakiens et une participation étrangère honorable. L’AFP qui relate l’évènement souligne que l’industrie irakienne du cinéma, qui remonte aux années quarante, n’a plus de salles. Détruites ou fermées, est-il rapporté. Exactement comme chez nous. Ce qui prouve que sur l’échelle des impacts, un kilo de bêtise pèse autant qu’un kilo de guerre !

Categorie(s): arts et lettres

Auteur(s): Ameziane Ferhani

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..