Un parti au service du prince

Elwatan; le Samedi 5 Janvier 2013
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Indépendamment des calculs de l’ancien Premier ministre et de la démarche tactique qui a motivé sa décision, la crise qui secoue le parti depuis plusieurs mois justifie largement cette position. Pour beaucoup d’observateurs, cette crise est fabriquée à dessein par le clan présidentiel qui prépare le quatrième mandat en éliminant l’un après l’autre les adversaires potentiels de Abdelaziz Bouteflika.
Le pouvoir, qui a créé ex nihilo le RND, détient les leviers pour orienter les choix de ce parti, notamment en soulevant un clan contre un autre. Le RND, contrairement à la vision originelle de son concepteur, le défunt feu Abdelhak Benhamouda, assassiné avant de concrétiser son idée, est un parti docile, totalement inféodé au pouvoir qui l’a créé de toutes pièces comme l’on assemble un engin mécanique.

Le bébé moustachu sorti du chapeau magique du système avait pour mission de servir les desseins d’une période délicate : remplir le vide laissé par le FLN répudié et servir de machine administrative pour accomplir des hold-up électoraux. Les dérapages qui ont suivi l’arrêt du processus électoral en 1992 avaient déstabilisé les piliers du pouvoir au point où le FLN, parti-Etat historique, a divorcé du pouvoir et est allé même à l’encontre des choix des décideurs. Dès que l’armée avait repris l’initiative face à l’islamisme armé, le pouvoir avait besoin d’un nouveau parti politique sur lequel s’appuyer pour rétablir la légitimité des institutions et celle de l’action de l’Exécutif aux yeux de l’opinion nationale et internationale.

A cette époque aussi, il fallait contrer les contradicteurs du contrat de Rome et leur couper l’herbe sous le pied en défendant sérieusement l’option sécuritaire. L’élection de Liamine Zeroual à la présidence en 1996 avait suscité une euphorie populaire et créé les conditions nécessaires pour lancer le projet. Le RND est né quelques mois après et juste avant les élections locales qu’il allait remporter par magie ! Le bourrage massif et spectaculaire des urnes ayant caractérisé ce rendez-vous est marqué à jamais sur la carte d’identité de ce parti qui n’a jamais quitté le pouvoir depuis, y compris après l’intronisation de Bouteflika et le retour du FLN aux commandes. Affublé du qualificatif d’éradicateurs par les islamistes, le RND n’a fait souvent qu’accomplir, sans conviction, un agenda auquel il était assigné. D’ailleurs, il n’a pas refusé de s’allier à un parti islamiste dans le cadre de l’Alliance présidentielle et de soutenir les projets de concorde civile et de réconciliation nationale, pourtant à l’antipode de sa première mission.

Ni islamiste, ni libéral, ni de gauche, le RND ne possède aucune identité doctrinale si ce n’est une vague enseigne nationaliste pour rester dans les standards. On ne vient pas au RND pour défendre une cause doctrinale, mais pour profiter de l’ascenseur qui mène aux postes et aux privilèges de la rente. L’absence de ciment idéologique explique d’ailleurs les saignées cycliques qui ont vidé le parti de sa sève et l’absence de solidarité interne au moment des crises.
Si Ouyahia devait sentir quelque déception, ce n’est surtout pas la cause de trahison. Lui, disciple de Machiavel, sait parfaitement de quel métal est fait le monstre qu’il a dirigé.                                                                                          

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Nouri Nesrouche

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