Une résolution contre la Syrie : Le coup de colère de l’ONU

Elwatan; le Samedi 18 Fevrier 2012
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Même si elle l’a fait en pleine guerre de Corée pour permettre une intervention internationale dans ce conflit qui allait marquer les relations internationales, l’Assemblée générale des Nations unies n’a pas vocation à se substituer au Conseil de sécurité qui en est l’instance exécutoire. Pour tenter de briser le carcan dans lequel est enfermé le Conseil de sécurité, otage de ses règles de fonctionnement, dont le fameux droit de veto qui permet à un seul pays de s’opposer à la volonté internationale, le monde entier, à travers l’Assemblée générale, a dit jeudi ce qu’il pense de la crise syrienne et surtout de ce qu’il faut faire pour en venir à bout. Bien entendu, ce n’est là qu’une recommandation, mais le message est clair puisque le texte en question voté à une large majorité des 193 Etats membres condamne sans équivoque la répression dans ce pays qui a déjà fait pas moins de 6000 tués.

Ce vote, rappelle-t-on, intervient exactement douze jours après le double veto russe et chinois au Conseil de sécurité et il était alors évident que le sentiment de réprobation était large. Même si elle a tout juste une valeur morale, mais cela permet de voir ce que le monde pense, la résolution en question exige du gouvernement syrien qu’il mette fin à ses attaques contre sa population civile, soutient les efforts de la Ligue arabe pour assurer une transition démocratique dans ce pays et recommande la nomination d’un envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a «salué le message tant attendu» envoyé par l’Assemblée générale. Il a invité «les autorités syriennes à entendre l’appel de la communauté internationale et la voix du peuple syrien».


Ce que le monde pense du régime syrien


Le 19 décembre dernier, l’Assemblée avait déjà dénoncé les violations des droits de l’homme en Syrie par 133 voix pour, 11 contre et 43 abstentions, dont celles de Moscou et de Pékin qui ont voté contre jeudi dernier. Le nouveau texte contient des éléments plus politiques, dont des références au plan de règlement de la Ligue arabe du 22 janvier. L’évolution est bien là, comme l’est la situation sur le terrain dans son volet le plus dramatique, malgré le black-out imposé par les autorités syriennes.

Bien entendu, l’ambassadeur syrien a dénoncé une résolution «tendancieuse et déséquilibrée», faisant valoir la nécessité d’un «dialogue national», rejeté par l’opposition. Malgré ces réserves, au demeurant attendues, la suite du texte est dure, en affirmant que les responsables d’éventuels crimes contre l’humanité devront «répondre de leurs actes». Et c’est là justement où il se veut équilibré en condamnant «toutes les violences, d’où qu’elles viennent» et «demande à toutes les parties (…), y compris les groupes armés, de mettre immédiatement fin à toutes les violences ou représailles». Ce dont les opposants à cette ligne qui affirme le plein appui au projet arabe refusent de tenir compte, même s’ils étaient les premiers à parler de violences plurielles, accréditant la thèse de l’opposition armée. Ou, plus grave encore, cela crédibilise davantage, sinon accentue le risque de guerre civile.

La guerre semblait pourtant hier d’un seul côté, puisque la ville de Homs, dans le centre de la Syrie, était la cible des «bombardements les plus violents depuis 14 jours», selon un militant de l’opposition. Il reste que les Syriens ont prix acte de ce message qu’ils prennent pour ce qu’il est, un vaste soutien de la communauté internationale, tandis que le régime syrien ne dispose plus que de rares appuis, confortant l’appel à renforcer la «résistance populaire» pour faire tomber le régime. Au regard des fractures apparues ces derniers mois, plus rien ne sera comme avant. L’ONU aurait pu en accélérer le processus par un vote du Conseil de sécurité, le seul organe à pouvoir disposer des moyens de sa politique. Quand il n’y a pas de veto bien entendu.

Categorie(s): international

Auteur(s): Mohammed Larbi

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