Veille démocratique

Elwatan; le Lundi 11 Avril 2011
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Les lendemains de la révolution se révèlent ardus pour les Tunisiens et les Egyptiens. Le romantisme des moments de mobilisation et de lutte contre les tenants des dictatures dans les deux pays cède la place à la fort complexe tâche d’édifier, dans les faits, la fameuse démocratie tant réclamée.Les régimes étêtés, leurs soutiens les plus proches évincés, il faut tout de même faire avec des personnels dirigeants qui, sur le plan institutionnel, ont composé avec les dictateurs. Ce qui n’est pas pour rassurer des populations qui, dans l’élan de la protestation, rêvaient d’un changement qui balaie jusqu’aux résidus de l’autocratie.

La méfiance est de mise chez des militants qui, d’une part, ne veulent pas baisser la garde et, d’autre part, savent qu’ils doivent modérer leur ardeur pour prémunir leur pays du chaos. La légitimité virtuelle des organes de transition est ainsi régulièrement mise à l’épreuve par des reliquats de manifestation et de revendications. Il n’y a qu’à rappeler à ce propos le cycle de nominations et de démissions enregistrées dans les deux pays depuis le triomphe des révoltes respectives.
En règle générale, la révolution aboutit à l’accession immédiate de ses meneurs au pouvoir. Or, ce n’est pas le cas en Tunisie et en Egypte. Parce que simplement, les deux révoltes n’ont pas eu de meneurs et les jeunes, véritable force de frappe de la protestation, n’ont pas revendiqué le statut d’interlocuteurs organisés face aux instances de transition.

Il y a aussi que le caractère autocratique des anciens régimes, le contrôle exercé sur toutes les pulsions de la société, des décennies durant, a longtemps empêché la constitution de réseaux d’opposition politique suffisamment ancrés pour émerger comme possibles et crédibles alternatives à la chute des dictatures.Il faut donc tout reconstruire, reprendre à zéro et surtout aller vite pour que les immenses attentes libérées par l’euphorie triomphante des révoltes ne tournent pas en frustrations mortifères.

Somme toute prévisibles, les bégayements que connaissent les deux pays ne sont pas à prendre, cela dit, comme les signes d’une possible impasse. L’heure des choix stratégiques et de la redéfinition des Etats, tâche colossale et sensible, ne peut objectivement se réaliser sans cet intermède laborieux dédié à la reconstruction. Que l’armée soit régulièrement interpellée sur son rôle en Egypte, que la rue tunisienne continue à gronder sporadiquement révèlent une attitude de veille qu’observent, au moins instinctivement, des populations qui ne voudraient pas voir leur victoire sur la dictature fourvoyée dans les dédales techniques de la transition.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Mourad Slimani

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