Vendredimanche

Elwatan; le Jeudi 12 Mars 2009
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Que fait une Fadela Amara dans un gouvernement Sarkozy qui a tenu à lier la question de l'immigration à celle de l'identité nationale, comme si la personnalité du peuple français dépendait seulement de ses liens avec les étrangers et ne se définissait que par la négative, soit dans son rapport à l'Autre ? On peut se le demander oui, mais laissons aux politologues le soin d'analyser cette présence. En tout cas, ce qu'elle a fait récemment dans la fameuse émission « Vivement dimanche » du non moins fameux Michel Drucker, mérite d'être souligné. Invitée d'honneur, elle a, comme le veut le principe de l'émission, choisi l'ensemble des autres invités. Et là, elle s'est attachée à réunir un plateau d'artistes algériens ou d'origine algérienne. Ainsi, en ce dimanche pluvieux qui s'est mis à ressembler quelque part à un vendredi ensoleillé, ont défilé plusieurs des figures de notre «artigentsia» issue de l'émigration ou exilée.

Kader Belarbi, ancien danseur-étoile de l'Opéra de Paris, aujourd'hui chorégraphe de haut niveau qui a signé notamment le spectacle d'ouverture de la dernière coupe du Monde de rugby. Le comédien, Michel Prévost qui, découvrant sur le tard ses origines algériennes, s'était mis à la recherche d'un père qu'on lui avait caché jusqu'à un petit village de Kabylie. Aujourd'hui, Prévost, qui a rappelé sa longue quête, se retrouve au théâtre sur un tout autre registre que le comique puisqu'il interprète des poèmes de l'Espagnol Federico Garcia Lorca, fusillé en 1936 par les franquistes. Autre grande figure de ce show, le présentateur Rachid Ahrab, premier fils d'émigré à présenter un journal télévisé dans les années 80 et dont la présence médiatique n'avait pas donné lieu à l'ouverture qu'elle avait laissé espérer. Devenu membre du CSA, le Conseil supérieur de l'audiovisuel français, cette fonction, en principe promotionnelle l'a en tout cas écarté des écrans.

Il y a eu aussi ceux qui sont nés en Algérie. Iddir qui s'est livré avec sa fille ,Thanina, bonne pianiste et belle plante, à un dialogue sur la question des rapports père-fille au sein de l'émigration. Moment émouvant, étonnant de vérité et de sensibilité sur des paroles au surprenant auteur puisqu'il s'agit du slameur Grand Corps Malade. Autre figure de cette rencontre, Fellag accompagné de la comédienne avec laquelle il interprète son dernier spectacle Tous les Algériens sont des mécaniciens. Un regard amusant sur nos incroyables rapports à la mécanique et, partant, sur la mécanique de nos rapports incroyables. Mais un regard qui date en ces temps de concessionnaires autos, de publicités, de crédits d'achat et de centres de services après-vente. Loin de ne concerner que Fellag, ce décalage entre les créations des artistes exilés et les nouvelles réalités de l'Algérie est une question délicate.

Quel drame que de ne plus disposer d'un accès direct aux sources d'inspiration ! Or, quels que soient leurs talents, l'écrivain comme l'artiste ont besoin de ce contact charnel avec leur objet. Il reste qu'en dépit des distances et au delà des générations, l'attachement aux origines exerce une force magnétique considérable.

Categorie(s): arts et lettres

Auteur(s): Ameziane Ferhani

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