Vue à la télé : les dogmes ont la vie dure

Elwatan; le Jeudi 3 Janvier 2013
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La télévision nationale, toutes chaînes confondues, se targue d’avoir terminé l’année en beauté. Elle l’a montré avec beaucoup d’enthousiasme en ouvrant, vendredi passé, le journal télévisé avec cette nouvelle qui lui a procuré visiblement beaucoup de satisfaction, comme un coup d’éclat destiné à faire taire ses détracteurs. Elle s’estime, en fait, presque comblée par les quatre prix qui lui ont été décernés lors du Festival arabe de la radio et de la télévision organisé tout dernièrement à Tunis et qui a réuni autant de médias audiovisuels publics que privés représentant plusieurs pays du Moyen-Orient et du Maghreb.

L’ENTV, dans les concours spéciaux des programmes des organes  publics, a donc reçu notamment les premiers prix du bulletin d’information, du programme des entretiens télévisés pour la réalisation du programme d’action du gouvernement, et celui du téléfilm de la soirée avec Al Kindi. On note qu’aucune chaîne algérienne privée n’a participé à cette compétition, vraisemblablement pour des questions liées à leur statut qui n’est pas encore défini. Une occasion, assurément ratée pour ces dernières, pour jauger leurs positions dans un concert télévisuel qui pourrait leur servir au moins de carte de visite.

Pour les responsables de l’Unique, le sentiment d’avoir réussi à se faire remarquer parmi un lot de participants d’envergure comme l’Egypte ou le Maroc qui ont obtenu eux aussi des distinctions de premier ordre, est sans aucun doute une preuve que la télévision nationale, malgré toutes les critiques qui s’abattent sur elle, n’est pas aussi nulle qu’on le laisse croire. Toutes proportions gardées, ces prix s’ils ne lui octroient pas une dimension internationale à même de la rendre, aux yeux du public algérien, plus performante et surtout plus crédible, sont considérés par ces mêmes responsables comme des gages de réussite qui méritent un peu d’indulgence de la part de ceux qui ont pris l’habitude de voir le petit écran national toujours aussi sombre.

Etre primé dans un  festival qui n’a pas, il faut le dire, grande résonance sur le plan universel, peut-il suffire pour autant à valoriser l’appréciation des algériens vis-à-vis de leur télé ? Autrement dit, une distinction à l’échelle arabe où le niveau de performance n’est pas très élevé risque-t-elle de changer la donne en matière de critique sachant que chez nous le regard porté sur la qualité des programmes de la télé nationale, l’info et le divertissement dans l’ordre des priorités, n’est jamais complaisant et se conjugue à juste titre avec la réalité d’une médiocrité rarement démentie ?

Sans vouloir jouer aux rabat-joie, force est de reconnaître que ç’aurait été la pire des sanctions si l’Unique n’avait rien obtenu à Tunis. Les quatre prix, qui sont d’ailleurs loin d’être une exclusivité puisque dans le passé la télé nationale publique, avec ses moyens et sa logistique, a toujours réussi à se frayer une petite place au soleil, histoire de montrer qu’elle existe elle aussi, ne sont pour les spécialistes de la communication qu’une consécration symbolique qui pourrait ressembler à un leurre si on lui accorde plus d’importance qu’il n’en faut. Paradoxalement, c’est là où elle affiche des faiblesses criardes que l’Unique a réussi à séduire les jurys.

En accordant la palme au bulletin d’information algérien qui reste parmi les plus dogmatiques dans le monde, ces derniers se sont soit carrément trompés d’adresse, soit voulu faire une fleur à notre pays où l’info télévisée, personne ne l’ignore, demeure strictement contrôlée par le Pouvoir politique et donc privée totalement de liberté d’expression. Le festival arabe de la télévision a-t-il pour mission de cautionner les politiques d’information télévisée assujetties aux Pouvoirs en place ? D’encourager donc d’une certaine manière la diffusion d’une information administrée  qui se soucie peu de rapporter la vérité ?

En tout état de cause, la consécration du JT de l’Unique dans sa forme et son contenu actuels ne correspond pas à l’avis des téléspectateurs algériens qui sont nombreux à penser qu’il y a beaucoup à faire pour rendre ce moment privilégiée de l’info plus en rapport avec le vécu des citoyens. Ce JT est d’abord trop «officiel», ensuite en étant retenu par une bride invisible, il ne peut que jouer un rôle de propagande au lieu de répondre à l’attente du public sur les moindres faits et événements qui rythment la société. Au demeurant, pratiquement toutes les télés arabes se retrouvent dans ce schéma.

Conservatrices jusqu’au bout des ongles, ces dernières n’ont pas la liberté d’action pour porter la contradiction aux pouvoirs politiques qui font d’elles de simples organes d’enregistrement. Quand on sait que la chaîne la plus tonitruante, en l’occurrence El Jazeera, qui fait sensation avec son professionnalisme et ses scoops toujours orientés, ne trouve jamais rien à redire sur le régime qatari alors que pour elle tous les régimes arabes sont des corrompus, il y a de quoi se poser des questions sur la vraie nature des télévisions arabes et leur influence sur le plan international. Alors un festival pour faire dans la complaisance ou pour sortir des vieux clichés ? On ne le sait pas encore…
 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Abderezak Merad

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