Zone de turbulences

Elwatan; le Lundi 7 Janvier 2008
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Est-ce un hasard ? Il se trouve que les pays du Sahel les plus proches de l’Algérie sont soumis par des turbulences dont la nature diverge peut-être mais dont la finalité avérée est d’installer un climat de déstabilisation chronique d’une région stratégique de l’Afrique. L’apparition presque concomitante de mouvements de rébellion au Niger et au Mali, l’irruption violente du terrorisme armé en Mauritanie ne peuvent pas constituer en eux-mêmes des événements spontanés et sans liens entre eux tant ils relèvent d’une quasi unité d’espace et de temps. Cette déstabilisation à grande échelle, si elle tente de mettre à mal les pays du Sahel, n’est pas dénuée d’intentions malveillantes à l’égard de l’Algérie qui partage avec eux d’immenses frontières. La question se pose alors de savoir qui tire les ficelles sans tomber dans la psychose du complot ourdi. Il est à noter en effet que les troubles et les attentats terroristes surviennent au moment où des pays comme le Mali, le Niger et la Mauritanie s’engagent dans un processus de démocratisation de la vie politique dont nombre d’observateurs ont établi le bien-fondé. Ce sont des pays dont les économies vivrières ont été durement affectées par des conditions climatiques défavorables et notamment une sécheresse persistante. Le revenu national en a pour cette raison réduit car il a servi à assurer une relative autosuffisance alimentaire aux populations. Il est singulier alors que ces pays qui avaient d’abord besoin d’être aidés à retrouver leur équilibre économique soient presque en même temps à des entreprises déstabilisatrices qui constituent toujours les préliminaires de stratégies d’embrasement. Il convient alors de se demander d’où viennent les armes et le matériel de guerre qui circulent dans le Sahel pour alimenter des rébellions dans lesquelles d’aucuns voient déjà planer le spectre de l’irrédentisme. La conjonction des rébellions touareg au Niger et au Mali est au moins frappante et il ne faut pas être sorcier pour comprendre qu’elle veut faire tache d’huile au sein de populations très mobiles, depuis la nuit des temps, sur des milliers de kilomètres de frontières difficilement sécurisables dans leur totalité. Au-delà de leurs difficultés, certains de ces pays voisins disposent toutefois de ressources à même de leur permettre d’entamer un décollage, et c’est le cas du Niger et de la Mauritanie. Or, on l’a vu depuis quelques mois, tout se passe comme si un plan avait été mis en œuvre pour disqualifier les autorités des pays du Sahel et désigner leur incapacité à assurer la sécurité de leurs populations et des étrangers sur leurs territoires. Il convient de s’interroger aujourd’hui sur les implications géopolitiques et militaires de cette escalade que certains ne craignent pas à une volonté de mainmise sur cette région de puissances étrangères, les Etats-Unis ne faisant pas mystère à cet égard d’installer des bases dans la région de l’Afrique en s’appuyant sur le prétexte de la défendre. Ce qui reviendrait à une occupation militaire, notamment de pays du Sahel fragilisés par les conflits, qui ne s’embarrasserait même plus de cacher son nom.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Amine Lotfi

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