ATTITUDES: Les vieux

Lesoir; le Samedi 20 Decembre 2014
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Par Naïma Yachir
naiyach@yahoo.fr
Allongé sur son lit qu’il ne quitte plus depuis quelques années,
Mahieddine, 94 ans, a conservé les traits de sa jeunesse. Des yeux bleus
un peu ternis certes, mais qui ont gardé toute leur candeur. Il pleure
de joie car Maria, ce bébé que gardait sa belle-fille, a bientôt neuf
ans. Elle est venue voir son «Sido» qui avait toujours une tablette de
chocolat cachée dans le tiroir de sa table de nuit et qui la lui offrait
avant que sa maman vienne la récupérer. Il l’adorait. Elle apportait de
la joie et du bonheur chez ce vieux couple. Aujourd’hui la maison s’est
vidée. Il n’y a pas grand monde qui vient taper à sa porte. Il y a ses
deux petits-enfants qui ont quitté la maison et qui lui tiennent
compagnie le week-end, quand ils ne travaillent pas ; son fils unique,
qui vient aux nouvelles. Et il y a aussi minette, la chatte.
«Je ne sais pas ce que je ferais sans elle. Elle saute sur mon lit, met
sa tête sur mes genoux et dort parfois trois heures durant. Vous savez,
quand on est vieux, on ne supporte pas la solitude. On voudrait que tous
les jours il y ait des personnes à qui l’on parle, qui s’assoient au
pied de notre lit, qui nous racontent la vie à l’extérieur. Tous les
jours je surveille la porte en espérant qu’un neveu, une nièce, un
cousin, une cousine se souvienne de nous, et vienne nous rendre visite.
Vous ne pouvez imaginer le bonheur que cela nous procure. Mais la vie
est une traîtresse. Qui aurait dit que ce vieux qui est en face de vous
mesurait plus de 1,90 m et pesait 100 kg, qu’il était beau et fort, que
sa maison ne désemplissait pas, que la joie emplissait ses murs ?
Aujourd’hui, même le soleil ne réussit pas à me rendre le sourire quand
personne n’est à mes côtés. Alors je me dis : à quoi bon vivre encore
quand je ne peux plus sortir, quand je ne peux pas bouger, quand je ne
peux pas regarder la pluie tomber et les étoiles briller ? Il vaut mieux
que je parte, car je fatigue mon épouse. Elle a 84 ans et elle s’occupe
de moi comme un enfant. Quand on arrive à ce stade, on prie Dieu de nous
laisser nous en aller, de quitter ce monde dignement. Mais c’est Sa
volonté. On n’y peut rien. Avec l’âge, on devient très sensible, un rien
nous fait sangloter, mais les gens nous prennent pour des gâteux. Quand
on a donné le meilleur de nous-même toute notre vie, on a juste besoin
qu’on se souvienne que nous existons.»

Categorie(s): soirmagazine

Auteur(s): lesoir

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