ATTITUDES : Violences

Lesoir; le Samedi 29 Decembre 2012
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Par Naïma Yachir
naiyach@yahoo.fr
Il était fier de parler de la belle correction infligée à ce fils
qui, tête dure, avait toutes les peines du monde à se concentrer sur ses
leçons : «Moi je suis sans pitié quand il s’agit des études. La dernière
fois, alors que je lui faisais réviser ses maths, il était tête en l’air
et excédé, ne pouvant contenir ma colère, j’ai retiré le tiroir de la
commode et je le lui ai balancé en plein visage. Heureusement, il a
baissé la tête et l’a évité de justesse.» «C’est comme cela et pas
autrement qu’ils apprendront», renchérit cet autre père qui
s’enorgueillit d’avoir donné une bonne paire de claques à son rejeton
jusqu’à ce que le sang gicle de son nez parce qu’il a eu un 2 en
histoire-géo. Qui dit mieux ? Eh bien, c’est cette maman qui élève seule
ses quatre enfants : la réussite dans leurs études, elle en a fait une
véritable obsession. Etre les meilleurs de l’école, c’est sa raison de
vivre, quel qu’en soit le prix à payer. Un jour, sa fille, qui avait eu
un tableau d’honneur au lieu des félicitations comme elle en avait
l’habitude, a reçu sur la tête le couvercle d’une cocotte minute, seul
ustensile à portée de sa main. Elle s’en est sortie avec des points de
suture. Quant à la mère, elle dut comparaître devant le juge après une
plainte du paternel. Chafia, qui est grand-mère aujourd’hui, se souvient
encore du jour où son papa l’a conduite dans la salle de bains un fil
électrique à la main, puis s’est enfermée avec elle, pour ensuite la
rouer de coups. Elle n’a dû son salut qu’à sa pauvre mère qui jurait par
tous les dieux qu’elle ferait venir la police s’il ne cessait pas de la
battre. Son «crime», c’est d’avoir pris une figue tombée de l’étalage
d’un marché. Elle avait tout juste huit ans. Sa maman l’avait envoyée
acheter un kilogramme de pommes de terre. Mohamed, ce père de famille,
sera pour sa part mis en garde par son épouse de ne jamais battre ses
filles. Faisant fi de cette instruction, il s’aventurera un jour à
corriger l’une d’elles. Résultat des courses : un œil au beurre noir et
l’arcade sourcilière fendue. L’homme battu se défendra en traînant son
épouse devant les tribunaux. Ines, cette gamine de sept ans, devant le
refus catégorique de sa maîtresse de la laisser partir au petit coin,
fera pipi dans sa culotte en pleine salle de cours. Elle sera la risée
de tous ses camarades qui l’ont traitée de pisseuse. Humiliée, elle n’a
jamais pu remettre les pieds dans cette école. Tout compte fait, on est
loin de baigner dans le bonheur !

Categorie(s): soirmagazine

Auteur(s): lesoir

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