BENDIR, LE MAGAZINE ALGÉRIEN DE BANDE DESSINÉE: Un numéro 6 à ne pas rater !

Lesoir; le Samedi 29 Decembre 2012
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Pour communiquer encore plus à ses lecteurs la bonne humeur qui est la sienne, le magazine Bendir a cette formule enfantine si joliment ludique : Bendiri, ya Bendiri, ya behi ennaguette ki nedrebek tetkalem oua itihou el majdoubat.
Cela donne, en français : «Mon bendir ô mon bendir, aux belles
mélodies, quand je te frappe, tu parles et tombent les danseuses.» Cette
vieille comptine algérienne est citée dans le numéro 6 du magazine,
rubrique Le mot de la fin ? Tous les férus de BD, grands et petits,
l’ont compris : pas question de s’ennuyer avec Bendir! La sixième
croisière à laquelle ils sont conviés est donc fort agréable. Que du
plaisir au cours de ce voyage bédéiste organisé sur leur navire de
plaisance préféré. Au programme de la fête qui se poursuit : du rêve, de
l’humour, du rire, de l’imagination et des surprises. L’aventure
continue en compagnie des personnages fétiches et parfois complètement
déjantés, que les lecteurs ont aimés dans les précédents numéros. Bien
sûr, ils feront aussi la rencontre de nouveaux personnages qu’ils vont
facilement adopter. Tout cela grâce à des pionniers du 9e art et de
jeunes créateurs au talent prometteur qui ont trouvé, ici, une tribune
pour s’exprimer. Les incontournables bandes dessinées des deux
«générations» d’auteurs se font naturellement la part belle dans ce
numéro 6, la partie textes (news, entretiens, reportage, portrait,
édito...) contribuant, elle, à donner du corps, de la personnalité, de
l’équilibre et une âme au magazine. Du reste, cette ligne éditoriale
soucieuse du mixage nécessaire à harmoniser bandes dessinées, planches
et rubriques diverses (liées à l’actualité de la BD, aux découvertes...)
a pour résultat un produit crédible, viable et dont l’originalité le
dispute à l’esthétisme moderne du design. Bendir est vrai magazine riche
et varié. Il offre surtout un bol d’oxygène au lecteur. Quant aux
bédéistes «fous» qui ont fait le numéro 6, disons que leurs œuvres
témoignent de cette imagination puissante, fougueuse, exubérante, qui
distingue les artistes. Chez les aînés notamment, il y a une jeunesse
d’esprit qui, aujourd’hui encore, booste leurs travaux et explique leur
longévité. Les nouveaux talents, eux, surprennent agréablement par un
graphisme contemporain et très créatif. Cette génération-là (celle des
TIC et des nouveaux médias) a évidemment du respect pour les anciens,
mais elle explore résolument les autres horizons qui s’ouvrent à elle à
travers la Toile, les mangas, la science-fiction, la musique (hard rock,
metal...). Et Bendir ne s’en porte que mieux, étant le réceptacle et le
support de toutes ces sensibilités de la BD algérienne en pleine
croissance et en quête d’une légitime reconnaissance. Au menu de ce
Bendirnuméro 6, il y a d'abord les news (Algérie et étranger). Des
informations brèves et diverses qui ont pour but de mettre le lecteur
dans le bain et en appétit. Une sorte de boussole pour l’orienter, lui
rappeler des rendez-vous (comme un agenda) et lui permettre de zapper
sur l’actualité. Par exemple, on apprend que le Festival d’Angoulême se
tiendra du 31 janvier au 3 février 2013, et l’Algérie figure parmi les
invités. Ou, encore, que le fanzine «Carré d’Art» continue d’offrir un
espace d’expression à tous ceux (scénaristes, caricaturistes, bédéistes)
qui ambitionnent de «se frayer un chemin vers le professionnalisme».
Après les planches de Haroun et de l’Andalou, c’est le Hic qui, cette
fois aussi, assume le rôle de locomotive du train BD. Cela s’intitule «Portableries
» et, ma foi, on se dit qu’avec un coup de crayon pareil, le dessinateur
a «le coup d’œil exact et désabusé du connaisseur à qui on montre un
bijou faux» (Proust). Cette réflexion satirique et philosophique sur la
drôle d’époque actuelle vaut tous les discours. Ah ! toutes ces «portableries»
qui, au lieu de favoriser la communication, les échanges et la
convivialité enferment au contraire chacun dans sa bulle virtuelle. Le
lecteur est ensuite invité à voyager dans un imaginaire créatif à
dimension cosmique : l’univers du fantastique et de la science-fiction.
D’abord avec Redouane Assari et la suite et fin de sa BD La Faruzi, puis
le premier épisode de La planète dyarelkaph. C’est le vétéran Slim qui,
pour ne pas être en reste, ajoute quelques ingrédients de
science-fiction à Une loubia pour un Marsien naïf (1er épisode).
L’aventure du fantastique s’achève avec La planète keskissi (3e et fin)
de l’Andalou, une BD flamboyante par son graphisme et ses textes d’une
saveur typiquement algérienne. Mais le rayon BD aurait été à moitié vide
s’il n’y avait pas dans Bendir n° 6, les incontournables Aladin et Les
aventures de Snbad el harrague, et Haroun et ses planches Gags. Le jeune
Benali Amine, lui, a commencé à planter le décor de Mad rash, premier
épisode d’un conte urbain. Enfin, Gyps et Dahmani nous livrent la suite
(et pas fin) de Walou en Algérie, une BD humoristique en noir et blanc (
Alors ma poule, on fait des œufs ? Chtaouala ?). Quant à la partie
articles, le lecteur pourra y découvrir, entre autres, une enquête de
Samia Salah sur le manga en Algérie (première partie), un reportage de
Salim Koudil intitulé La toile, refuge des artistes algériens, ou encore
le très intéressant portrait signé Nazim Mekbel sur Le dessinateur de la
prison (un bel hommage au Marocain Abdelaziz Mouride). Pour rappel, le
magazine Bendir est édité par le groupe PCcom et Dalimen et ne coûte que
200 DA le numéro. Autrement dit, le lecteur ne peut être qu’amplement
satisfait du rapport qualité-prix. Raison de plus pour s’abonner ou
courir vite l’acheter chez votre libraire.
Hocine Tamou

Categorie(s): culture

Auteur(s): Hocine Tamou

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