Conséquence de la suppression de la retraite avant 60 ans: Le débat s’ouvre enfin !

Lesoir; le Vendredi 6 Decembre 2013
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Depuis l’annonce, le 5 juin, par le gouvernement de
la suppression du dispositif des retraites proportionnelle et sans
condition d’âge, un débat est en train d’être amorcé, par médias
interposés. Nous en publions ci-dessous les premiers éléments.
«La suppression de la préretraite décidée lors de la dernière tripartite
est une solution sage qui aura un impact significatif sur les dépenses
de la Caisse nationale des retraites (CNR) dans la mesure où ces
dernières vont forcément ralentir. En même temps, la croissance des
recettes devra s’accentuer sur le long terme vu que les travailleurs
cotiseront plus longtemps», a expliqué à l’APS le docteur en économie et
statistiques appliquées, et par ailleurs maître de recherche au Centre
de recherche en économie appliquée au développement (CREAD).
Le chercheur prédit également une «baisse» des transferts de l’Etat au
titre de son budget social, conséquemment à la surpression de la
préretraite. Une réforme au niveau de cette caisse devrait affecter de
la même façon les travailleurs de tous les secteurs d’activité avec une
couverture retraite «plus présente» dans les secteurs de services par
rapport à ceux de l’agriculture ou du bâtiment et travaux public (BTP),
où les taux de cotisation sont moins importants, note-t-il.

«Cette réforme est nécessaire, mais ce n’est pas la meilleure qui
soit»
Tout en qualifiant la réforme décidée par le gouvernement de
«nécessaire», M. Merouani considère néanmoins qu’«elle n’est pas la
meilleure qui soit pour assurer la pérennité du système de retraite
algérien», dans la mesure notamment où elle incitera les jeunes
travailleurs à l’informalité.
L'universitaire s'attend ainsi à «un impact sur le comportement de la
jeune population occupée sur le marché du travail, dans le sens où elle
ne sera pas incitée à s’affilier à la Sécurité sociale avant l’âge de 28
ans». «Pour les individus les moins prévoyants, la retraite apparaît
lointaine et l’affiliation au système de sécurité sociale loin d'être
une priorité. Le travail informel est plus attractif pour les jeunes de
moins de 28 ans», argumente-t-il, se référant aux données des enquêtes
nationales sur l'emploi auprès des ménages.
En plus d'exposer cette population aux risques de précarité sociale à
l’âge de la retraite, ce comportement occasionnera «un manque à gagner»
à la CNR du fait du non-recouvrement des cotisations de ces
travailleurs, observe-t-il, soulignant «la nécessité d’une réflexion
autour des moyens d’assurer une couverture retraite universelle».

A propos de la littérature sur l’économie des retraites
Plus concrètement, le chercheur préconise le recours à d’autres réformes
«complémentaires», citant deux types «particulièrement discutés dans la
littérature sur l’économie des retraites». Il s’agit des réformes dites
«paramétriques consistant à conserver la structure du système de
retraite, tout en modifiant certains paramètres-clés, tels que les taux
de cotisation ou l’âge de départ à la retraite», explique-t-il.
Le deuxième type de réforme étant le «non-paramétrique», consistant à
«modifier l’architecture globale du système de sécurité sociale, ou bien
à le remplacer carrément par un nouveau système», poursuit-il. M.
Merouani suggère, dans ce cadre, plusieurs pistes de solutions, dont
celle consistant en «la modification» du principe de calcul de la
pension de sorte à obliger les travailleurs à cotiser plus longtemps
(plus de 35 ans) pour bénéficier d’un taux de remplacement maximum
(80%). «Cette réforme a le même effet (allonger la durée de cotisation)
que la suppression de la retraite sans condition d’âge, mais sans
décourager les jeunes travailleurs de moins de 28 ans à cotiser pour
leur retraite», argumente-t-il.
L'autre proposition consiste à «allonger la période servant de base de
calcul du salaire de référence de 5 à 7, voire à 10 ans, l’intérêt étant
de réduire le déficit de la CNR tout en ne pénalisant pas tellement les
travailleurs».

«Une décision qui permet d'assurer l'équilibre financier de la CNR»
Pour le président de l'Association nationale des économistes algériens,
Saâdane Chebaïki, l'institution du système de départ à la retraite sans
condition d'âge ou ce qui est communément appelé comme retraite
anticipée empêchera plusieurs travailleurs et employés de «fuir» leurs
postes de travail pour aller exercer ailleurs en bénéficiant en même
temps d'une retraite anticipée.
M. Chebaïki, qui est également professeur à l'université 3 d'Alger, a
estimé que le rétablissement de la retraite à 60 ans permet de préserver
la justice sociale et de la consacrer entre tous les travailleurs car,
a-t-il relevé, il s'agit d'un système de mutualisation entre les
générations de travailleurs en ce qui concerne les cotisations pour les
pensions de retraite. «C'est une décision qui permet d'assurer
l'équilibre financier de la Caisse nationale de retraites», a-t-il
précisé, estimant qu’«à l'instar des autres pays, le travailleur doit
donner le maximum et le meilleur de lui-même pour pouvoir jouir d'une
retraite à la fin de sa carrière.
Réagissant aux travailleurs qui revendiquent le maintien de la retraite
anticipée, M. Chebaïki a estimé qu'«ils n'ont pas d'arguments ou de
justificatifs à faire valoir».
Toutefois, il a recommandé de continuer d'appliquer «éventuellement» le
départ à la retraite sans limitation d'âge à une certaine catégorie de
travailleurs, citant à cet effet ceux qui exercent des métiers pénibles
comme ceux des hauts fourneaux des complexes sidérurgiques ou ceux qui
sont sur le terrain au sud du pays, dans les champs et les forages
pétroliers.

«Risque d'engendrer des conséquences négatives sur le front social»
De son côté, le vice-président du Conseil national économique et social
(Cnes), Mustapha Mekidèche, a indiqué que «la révision du système des
retraites n'est pas une priorité», argumentant ses propos par le refus
de la dernière tripartite de la proposition de porter l'âge de départ à
la retraite à 65 ans. «On ne devrait pas ouvrir d'autres fronts, mais
plutôt s'intéresser à d'autres aspects encore plus prioritaires», a-t-il
soutenu, recommandant d'avancer sur d'autres dossiers de la réforme.
«Il faut plutôt s'intéresser au dossier des transferts sociaux et
d'augmentation des prix, y compris dans le secteur de l'énergie où il y
a un gaspillage énorme», a-t-il dit, mettant l'accent sur
l'investissement hors hydrocarbures. «Le dossier relatif au travail, aux
salariés et aux retraités demeure très sensible car c'est un aspect qui
risque d'engendrer des conséquences négatives sur le front social», a
averti M. Mekidèche.
LSR

Categorie(s): le soir retraite

Auteur(s): LSR

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