ENQUÊTE-TÉMOIGNAGES: Drogue, tabac, ces «amants» qui nous veulent du mal !

Lesoir; le Samedi 29 Decembre 2012
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Par Katya
Kaci
Beaucoup de jeunes hommes, femmes et adolescents en Algérie ont déjà
goûté aux délices, souvent néfastes, des substances naturellement
hallucinogènes ou juste apaisantes du tabac ou du haschich. L’alcool ne
manque pas non plus d’attirer une jeunesse assoiffée de sensations
fortes et de nouvelles expériences. Et les genres ne constituent
aucunement un rempart à ces nouveaux «comportements» nocifs, voire
mortels, car filles et garçons, hommes et femmes sont égaux face à la
curiosité d’essayer tel ou tel produit, et ensuite face à la dépendance
que cela engendre.D’après un sondage effectué auprès de la population d’une des villes
d’Algérie, Bouira pour ne citer que celle-là, 20% des filles et 80% des
garçons ont déjà goûté à la cigarette, et vivre dans une grande ville ou
fréquenter les bancs de la fac est un facteur multiplicateur de ce genre
d'expérience qui relève plus de l’imitation et de la «mode» que d’une
réelle envie de fumer. Cela reste cependant secret et occasionnel et se
résume à tirer une taffe entre copains et copines, loin des
indiscrétions. Néanmoins, dans la majorité des cas, la dépendance ne
tarde pas à s’installer ; commence alors le combat de la discrétion,
surtout pour les filles qui doivent trouver quelqu’un d’assez fiable
pour leur fournir les précieuses clopes.
Ryma, 30 ans, fumeuse malgré elle
C’est le cas de Ryma, jeune maman au foyer, qui, pour avoir fumé
trop souvent avec sa meilleure amie «pour le fun», s’est retrouvée
dépendante et «quémande» maintenant des cigarettes auprès d’un ami
commerçant fumeur. «Au début, ma copine ramenait un paquet de cigarettes
qu’on fumait en rigolant pour décompresser. Je me suis mariée très
jeune, à 19 ans, et ma belle-famille est stricte et ne tolère aucun
dépassement. Alors dès que mon époux et moi avons pu vivre seuls, j’ai
trouvé cette échappatoire pour oublier un peu toutes les contraintes de
la vie. Je ne pensais néanmoins jamais devenir dépendante. En effet,
j’ai vite réalisé que rester sans ma cigarette du jour me rendait
particulièrement nerveuse et que la migraine ne me quittait plus ; et
pour m’en procurer, pas question d’aller chez un buraliste ; les rumeurs
se propagent comme de la poudre au vent dans notre petite ville. Je
m’adresse donc quelquefois à un ami commerçant qui me passe trois ou
quatre cigarettes en attendant des jours meilleurs.»
Shanez, 17 ans, lycéenne et ne roule pas sur l’or
Parfois, aussi, trouver l’argent pour payer des Marlboro à 200 DA le
paquet ou des L&M light à 140 DA n’est pas toujours chose aisée ; car
oui, pour une fille branchée comme Shanez et ses copines du lycée, fumer
des Rym ou des Nassim, certes pas chères, n’est pas très faisable et pas
du tout à la mode. Du coup, elle et ses copines cotisent pour se
procurer les fameuses cigarettes et frimer pendant la récréation. «Quand
je fume, je me sens pousser des ailes, j’ai l’impression de vivre en
France ou aux Etats-Unis et que je suis l’égale de mes idoles de la
télé», nous confiera Shanez, le regard plein de fierté. Pour le
cannabis, les filles sont, somme toute, égales aux garçons. Ce
psychotrope appelé kif, haschich ou marijuana, naturellement euphorisant
et désinhibant, parfois même hallucinogène, n’en est pas à ses débuts
auprès de pans entiers de la population qui trouvent en cette herbe une
certaine relaxation et une ivresse «naturelle». Et malgré les
innombrables campagnes de sensibilisation sur les méfaits de sa
consommation et alors que la loi en interdit toute consommation ou
possession (aussi infime soit-elle), beaucoup de gens savent que fumer
un joint ou deux n’est pas vraiment néfaste ; les manuels médicaux
excluent toute dépendance au cannabis et certains avancent qu’une
consommation légère n’est pas néfaste pour la santé.
Lynda, 25 ans, prof et grande amatrice de cannabis
Fumer du haschich en résine ou en herbe n’effraie donc pas grand
monde et encore moins cette jeune femme qui veut goûter, elle aussi, au
nirvana. Ainsi, cette fan de Bob Marley a découvert les délices de
l’ivresse de l’herbe sur les bancs de la fac. «Des copains m’ont passé
un joint et je suis tout de suite tombée sous le charme de cette
substance relaxante.» Néanmoins, cette jeune femme active, qui ne voit
pas de mal à se décontracter de temps à autre avec ce produit naturel,
déplore l’impossibilité pour une fille de s’en procurer : «Les garçons
que je connais m’ont dit qu’il faudrait, pour acheter de la drogue, se
poster devant un immeuble bien connu des habitués et d’attendre
l’arrivée du dealer, opération que je ne me risquerai jamais à tenter…
Du coup, je fume occasionnellement en partageant le joint avec mon
fiancé qui cède parfois à ce caprice peu commun. » Un luxe que ce jeune
couple se permet pour «se sentir libre et planer un instant au-dessus
des liens noués par la société». L’alcool, quant à lui, reste assez
réprimé par les mentalités des femmes algériennes ; boire de l’alcool
est strictement interdit . La société ne tolère pas les ivrognes et les
débits de boissons se trouvent généralement dans des endroits reculés et
loin des regards indiscrets et moralisateurs. Surtout que se procurer
les fameuses boissons enivrantes, comme le Whisky ou la Tequila, n’est
pas aisé et même impossible. Pour boire, il faut entrer dans un bar, et
en Algérie, y pénétrer est synonyme de tous les sacrilèges et de toutes
les fantaisies. La prostitution est le premier mot qui vient à l’esprit
de celui qui voit une fille dans un bar et qui de surcroît boit de
l’alcool. Il n’est cependant pas impossible de rencontrer des jeunes
femmes qui apprécient la boisson, mais qui le font discrètement chez
elles.
Rachda, 26 ans : «Mon préféré c’est la vodka !»
Rachda, travaillant dans le milieu de la nuit, nous confiera à ce
sujet : «Mon père était alcoolique, on avait donc toujours de l’alcool à
la maison, ce qui m’a facilité la tâche. J’ai commencé à boire à l’âge
de 15 ans, et au lycée, je prenais carrément des bouteilles d’alcool
pour les boire avec des copains.» Cette jeune femme ajoutera néanmoins
que les hommes qui connaissent son secret la considèrent comme une fille
facile, et ne l’envisagent nullement comme compagne de vie. «Je tombe
toujours sur des hommes brusques et sans attention qui croient que je
leur tomberais dans les bras une fois que la boisson aura fermenté dans
mon cerveau, mais ils sont vite désenchantés de me voir aussi sobre
qu’avant et encore moins conciliante avec eux.» Un comportement plein
d’a priori qui pousse beaucoup de femmes à rester discrètes sur leurs
penchants alcoolisés.
Plaisirs ancestraux, à vous le micro !
Le tabac à priser, la chique, chema ou encore neffa ; cette mixture
artisanale composée de feuilles de tabac réduites en poudre additionnées
de quelques gouttes de salive est célèbre pour son odeur repoussante,
voire nauséabonde. Pourtant, de nombreuses femmes des zones rurales,
notamment, recouraient au tabac à priser pour calmer les douleurs
dentaires et continuaient à en consommer une fois le mal passé et
l’addiction installée.
Nna Zaâzi, octogénaire, «prise» depuis plus de quarante ans
C’est en Petite-Kabylie que cette veuve sans enfants vit depuis sa
plus tendre enfance et perpétue cette consommation à laquelle l’avait
habituée son défunt mari. «Je préparais les doses de chema à mon époux
et il m’autorisait à en consommer avec lui. La première fois fut un peu
difficile car, en plus de l’odeur forte, la chema donne des maux de tête
insoutenables, mais l’habitude a fait que c’est vite devenu une pratique
incontournable et nécessaire.» Nna Zaâzi ajoutera que priser de la
chique est une activité très apaisante et dont elle ne peut plus se
passer surtout depuis la disparition de son mari.

Categorie(s): soirmagazine

Auteur(s): lesoir

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