Enquête-Témoignages: SOS ! parents au bord de la crise de nerfs !

Lesoir; le Samedi 20 Decembre 2014
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Par Soraya Naili
Débordés, épuisés, stressés, crevés. Ils sont sur les rotules. Tout
juste bons à être ramassés à la petite cuillère !
Les parents agitent le drapeau blanc. Et pour cause ! La vie scolaire de
leurs enfants les fait complètement disjoncter.
Programme chargé, abondance des matières, emploi du temps improbable...
papa et maman subissent le rythme scolaire infernal de leurs chérubins.
Après une grande journée au bureau, les voilà contraints de jouer les
maîtres d’école à la maison. Exercices de calculs, cours d’éducation
civique et religieuse, récitations... La liste des devoirs à préparer
pour le lendemain est interminable.
Conséquence, il est parfois près de minuit lorsque parents et enfants se
glissent sous leurs couettes pour quelques heures de repos avant de
redémarrer une nouvelle journée au pas de course. Résultat : certains
parents font carrément un burn out. Un surmenage en bonne et due forme
pour cause de stress. Qu’il est loin le temps où les parents se
contentaient de récupérer leur môme à la crèche, de rentrer dans leur
chaumière regarder ensemble un dessin animé en savourant des crêpes à la
confiture ! Loin aussi l’ancienne époque où les élèves n’avaient que
deux matières à gérer au primaire : arabe et français ! Les parents
tirent la sonnette d’alarme. Le burn out parental fait des ravages ! Il
y a vraiment péril en la demeure !

Assia, 39 ans
Avec deux filles scolarisées au primaire, Assia ne sait plus où donner
de la tête. «Je suis overbookée, dépassée, effondrée. C’est la course
contre la montre tous les jours. Avec les embouteillages, je rentre vers
18h30 à la maison. C’est mon mari qui se charge de récupérer les petites
à la sortie de l’école. Mais c’est ici que s’arrête sa mission. Je
prends le relai afin de les aider à faire leurs devoirs. Elles croulent
sous les leçons à mémoriser à l’exemple des cours d’histoire-géo,
d’éducation civique et religieuse. Je suis obligée de leur faire réciter
à tour de rôle, en faisant le va-et-vient entre le salon où elles
révisent et la cuisine où je prépare le dîner. Quand mon conjoint est de
bonne humeur, il leur donne un coup de main en maths ! Je suis devenue
une boule de nerfs à cause de ce stress insoutenable.
Pour tenir le coup, je me dope à la vitamine C et au magnésium. J’ai
constamment des palpitations et des sautes d’humeur. Je pense que les
instituteurs exagèrent en mitraillant leurs élèves avec des montagnes de
devoirs à faire à la maison. Et cela concerne toutes les matières. Les
pauvres petits finissent par s’emmêler les pinceaux et par ne rien
retenir. Personnellement je suis au bout du rouleau. Heureusement que
les vacances approchent pour souffler un peu. Ce rythme est infernal !»
déplore cette mère de famille au bord de la crise de nerfs.

Mohamed, 44 ans
Père de trois enfants dont un est scolarisé au primaire et deux au
collège, Mohamed ne pas le temps de dire ouf, tout occupé qu’il est à
coacher ses enfants au retour des classes. «Franchement, mes parents ont
élevé cinq enfants et n’ont jamais eu à se soucier de nous sur ce
plan-là.
Nous avons tous réussi dans nos études sans leur infliger le stress que
ma femme et moi vivons actuellement. Entre les cours de soutien qui
commencent déjà au primaire, et l’aide que nous fournissons nous-mêmes à
nos trois enfants, j’ai l’impression qu’il n’y a plus rien d’autre dans
notre vie. Les programmes sont hyperchargés et les matières pas toujours
intéressantes. On veut faire du bourrage de crane à nos écoliers sans
leur apprendre à développer un esprit critique. Ils récitent des cours
comme des perroquets et sont notés sur leur faculté à retenir bêtement
les leçons. Sous la pression de cette avalanche de devoirs et voyant que
ma femme craquait, j’ai dû engager deux profs qui viennent trois fois
par semaine donner des cours à nos enfants. Moi-même je frise le burn
out.
Nous n’arrivons même pas à profiter d’un week-end pour nous détendre
puisque même ces journées sont consacrées aux révisions. Et c’est le cas
de tous nos amis ayant des enfants scolarisés !»

Safia, 41 ans
Safia a payé le prix fort de ce stress insupportable. «J’ai deux enfants
au collège. Entre mon boulot, mes obligations familiales et la scolarité
de mes deux gamins, je ne sais plus à quel saint me vouer. Je me suis
tellement impliquée dans ce challenge que j’ai eu plusieurs crises
d’angoisse.
Mon médecin a décelé une dépression pour cause de surmenage et m’a mise
sous anti-dépresseurs. Depuis, mon mari m’interdit de chapeauter les
devoirs des enfants. Il a engagé deux profs qui viennent à la maison.

Ma belle-sœur vient aussi leur filer un coup de main en maths et en
anglais. J’ai développé une sorte de peur-panique. Dès que la période
des examens approche, je frise l’hystérie. J’ai tellement peur de
l’échec scolaire de mes enfants que j’ai développé une phobie.
En même temps, impossible d’être une superwoman ! Jongler entre mon
travail à l’extérieur et mon foyer est déjà une gageure ! Je pense que
le ministère de l’Education doit opérer un lifting en allégeant les
programmes et en prévoyant des parenthèses ludiques : cours de musique,
danse, théâtre ! C’est le cri de SOS de nombreux parents en tout cas»,
assure-t-elle.Le burn out parental guette de nombreux foyers.
Entre le travail, les corvées domestiques, les bouchons inextricables et
les cours des enfants, difficile de trouver un peu de sérénité... du
moins jusqu’à l’arrivée des vacances, parenthèse régénératrice pour
toute la famille !

Categorie(s): soirmagazine

Auteur(s): Safia, 41 ans

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