Fatwa

Lesoir; le Samedi 20 Decembre 2014
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Par Aziz Farès
azizfareslesoir@gmail.com
C’est bien connu : les insultes sont les armes des faibles. Quand ils
sont à court d’arguments rationnels pour défendre leur point de vue, ils
attaquent la personne au lieu de ses idées.
Kamel Daoud est-il celui par qui le scandale arrive ? Son livre
Meursault, contre-enquête semble soulever des passions démesurées qui
oscillent entre le Goncourt et la fatwa.
Qu'est-ce qui a fait réagir quelques énergumènes illettrés ? Son livre ?
Impossible ! Car il aurait d'abord fallu qu'ils le lisent ! Et quand
bien même ! De quoi serait-il coupable pour être condamné par un
tribunal qui se croit populaire ? D'avoir, par un retournement de
l'Histoire, abordé une question brûlante : le rapport clinique qui unit
ET divise la France algérienne et l'Algérie française ?
Je pencherai plus pour son passage, brillant, à la télé française qui a
montré un homme en pleine possession de ses moyens. Prudent, calme,
attentif, il a su se positionner dans un débat qui dérange ces
bien-pensants qui ne cherchent qu'à imposer la loi de l'omerta.
Chut ! Taisez-vous ! Et écoutez les voix qui hurlent dans la nuit de
l'ignorance en appelant au meurtre. AU MEURTRE !
En exprimant son idée de la religion, sa conception de l'algérianité, de
la colonisation... Kamel Daoud n'a pas troublé l'ordre public comme le
font des individus qui, sous d'autres latitudes, auraient immédiatement
dû répondre de leurs propos devant la justice. Il n'a pas non plus remis
en question une quelconque prescription divine.
Il a fait ce que tout intellectuel est appelé à faire : il a réfléchi et
dit, en son âme et conscience, ce qu'il pensait de la société, des
questions d'actualité, du monde.
Le crime de Kamel Daoud serait donc d'avoir dit une vérité qui ne
s'inscrit pas dans le moule d'une pensée figée. Un crime ? Qui serait
donc puni par un autre crime qui serait perpétré par des hommes qui se
prennent pour Dieu. Quel blasphème ! Quelle honte !

Il y a quelques années, une expression avait fait florès : «La
régression féconde !» Nous y sommes.
Cette régression mentale a enfanté un ogre qui vampirise toute la
société qui voit des fantassins hirsutes partir à l'assaut de la Liberté
au nom d'une religion dont ils sont, à leur insu, les principaux
fossoyeurs. L'inquiétude de ces nouveaux croisés est de voir émerger une
pensée qui les dépasse et les effraie. Ne leur reste comme refuge que la
violence, seule langue qu'ils aient jamais apprise. La langue des
faibles d'esprit.
A. F.

Categorie(s): contribution

Auteur(s): A. F.

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